100 milliards: est-ce assez pour sauver les banques espagnoles?

100 milliards: est-ce assez pour sauver les banques espagnoles?

100 milliards: est-ce assez pour sauver les banques espagnoles?

La Libre Belgique, Pierre Loppe, 12.06.2012
 
Le député européen Philippe Lamberts (Ecolo) émet des doutes. “Il serait indécent que les créanciers publics paient la note et que les privés en sortent indemnes”, s’exclame-il.
 
Entretien

Que pense Philippe Lamberts des mesures adoptées dimanche ? Nous l’avons interrogé.

La situation des banques espagnoles est connue depuis l’éclatement de la crise financière. Le seul point sur lequel les évaluations divergeaient, c’était l’ampleur des pertes de valeur réelles des propriétés immobilières et celle du plan de sauvetage à mettre en œuvre. Les estimations variaient de 20 milliards d’euros à plus de 200 milliards ! Le plan de 100 milliards qui a été adopté ce week-end est une bonne chose mais la vraie question est : "Sera-t-il suffisant ?" Ce par quoi les Européens ont péché jusqu’à présent, c’est de venir avec la bonne solution mais au compte-gouttes et tard.

Le secteur bancaire espagnol est-il sauvé ?

Rappelez-vous, il a fallu huit plans successifs de recapitalisation des banques irlandaises pour arriver à quelque chose de crédible. Ce serait bien qu’ici, on puisse faire l’affaire en un coup. Je le répète, j’ai des doutes sur les 100 milliards.

Ce qu’on exige de Madrid est-il suffisant ?

Bonne question. Quelle conditionnalité met-on ? Lorsque les Etats se sont portés au secours de la Grèce et du Portugal, des conditions sévères ont été émises. Je me demande quels efforts les banques espagnoles et leurs créanciers privés vont faire pour mériter ce gros coup de pouce. Il serait indécent que les créanciers publics paient la note et que les privés en sortent indemnes.

Selon vous, l’Espagne a-t-elle bénéficié d’un traitement de faveur ?

Oui et non. Si l’on regarde la situation budgétaire du pays, elle n’est pas rose mais elle sans commune mesure avec les comptes publics grecs. On ne peut pas taxer les gouvernements espagnols d’inconduite notoire, contrairement à ce qui s’est passé en Grèce. C’est logique qu’on n’impose pas à l’Espagne la même cure rigoureuse. Les principaux excès ont été commis par le privé.

Ces gouvernements ont tout même laissé se développer la bulle immobilière…

C’est vrai, mais il y a eu une certaine hiérarchie dans la faute entre gaspiller l’argent public de manière inconsidérée et développer un endettement privé colossal sans création de valeur productive. Si la bulle immobilière s’est développée, ce n’est pas seulement parce que les banques espagnoles ont investi stupidement en bétonnant la côte méditerranéenne et en construisant quarante aéroports, dont deux rentables, c’est parce que les grands établissements continentaux (Deutsche Bank, BNP Paribas, etc.) leur ont prêté. Autrement dit, d’autres vont devoir digérer la pilule. On verra bien s’il y a eu traitement de faveur ou non

Au fait, qu’en est-il des mesures disciplinaires pour les banques ?

Je ne les vois toujours pas. Les banques peuvent toujours se comporter de façon irresponsable. Elles continuent d’ailleurs à spéculer comme elles l’entendent. L’Europe planche sur des mesures. En attendant, le "deux poids deux mesures", il est là !

En son temps, l’Irlande s’est vu imposer des mesures d’austérité plus strictes…

Quand les banques irlandaises se sont effondrées, l’Etat leur a donné un chèque en blanc de façon irresponsable. L’Europe a été effrayée de voir la signature de l’Irlande engagée à la légère. Elle a volé à son secours et lui a fait payer le prix fort. Fixer des conditions léonines à un Etat revient à accroître ses difficultés. Ce qui se passe en Espagne prouve qu’on a retenu les leçons du passé. Pousser l’Espagne plus près du précipice eut posé un problème existentiel pour la zone euro.

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