À Bruxelles, les Dix-Sept de la zone euro ne veulent pas que les Britanniques se mêlent de leurs affaires

26 October 2011. La Tribune

Au coeur des institutions européennes, on fustige l’attitude de David Cameron.


« Eurozone members only », voilà ce qui pourrait figurer à l’entrée du sommet crucial qui doit se tenir aujourd’hui à Bruxelles. Et tout le paradoxe européen du moment, c’est que les pays qui se plaignent le plus de ne pas être conviés à cette réunion sont précisément ceux qui ont toujours voulu rester à l’écart de l’euro. Le Royaume-Uni et la Suède voudraient participer aux discussions sous prétexte que les décisions les affecteront.

« À ce rythme-là, on devrait peut-être aussi associer la Chine et les États-Unis à notre prise de décision », persifle un diplomate européen. Selon Philippe Lamberts, eurodéputé Vert belge, « le Premier ministre britannique David Cameron ne ferait pas preuve en la matière d’honnêteté intellectuelle ». Le groupe des dix pays en dehors de l’Eurozone ne forme, du reste, pas un ensemble cohérent. Les pays qui ont vocation à adopter la monnaie unique avancent, eux, un argument légitime : « Si la zone euro va de l’avant en créant de nouvelles institutions, cela change le fonctionnement de l’Eurozone à laquelle nous nous sommes engagés à adhérer », explique un officiel tchèque.

Dimanche dernier, pour le premier volet de leur sommet de crise à Bruxelles, l’ensemble des 27 s’est réuni le matin puis les 17 de la zone euro ont poursuivi les discussions l’après-midi. À ce moment-là déjà, David Cameron a demandé que l’ordre des réunions soit inversé afin que le Conseil européen puisse valider les travaux de l’Eurogroupe. Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy lui a répondu que le rôle des 27 était, selon lui, de donner le cadre qu’il revenait ensuite aux 17 de régler les détails.

Part d’intégration économique

Sur le fond, ce qui pose le plus problème aux « outsiders », c’est la part d’intégration économique que la chancelière allemande veut ajouter au traité européen. De nombreux observateurs européens s’entendent pour dire qu’une réelle implication du Royaume-Uni dans les discussions conduirait inévitablement à une dilution de toute décision, alors que la sortie de crise passe nécessairement par une intégration plus poussée. Pour certains eurodéputés, la situation a valeur de leçon pour les Britanniques : « On voit bien, avec ce qu’il se passe, qu’il faut être dans la zone euro pour exister », explique Joseph Daul, le patron du centre droit au Parlement européen. Toutefois, pour Philippe Lamberts, « ce qu’il faut éviter, c’est de laisser penser certains pays qu’on va les laisser derrière. Si on crée de nouvelles institutions, il faut intégrer au processus de décision ceux qui ont vocation à rejoindre l’euro. Sinon, c’est le meilleur moyen de faire l’Europe à deux vitesses ».

Yann-Antony Noghès, à Bruxelles

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