Banques européennes: un grand décalage entre le discours et la pratique

Etude sur les modèles bancaires européens

Ce matin, mercredi 27 juin 2012, j’ai présenté une étude commandée au CEPS (Centre for European Policy Studies) relative au secteur bancaire européen.

Cette étude procède au classement de près de 74 banques européennes selon quatre modèles de gestion distincts (banques de détail, banques de détail-diversifiées, banques d’investissement et banques de gros), en attribuant à chacun d’entre eux des niveaux de risques et de performances spécifiques.

Pour y parvenir, le CEPS a procédé à une analyse détaillée du bilan de ces banques – sur une période couvrant les années 2006 à 2010 – en s’appuyant sur les données suivantes: la qualité du mode de financement (part des dépôts et des financements de court terme dans le bilan), la nature des actifs (part des prêts octroyés et des titres financiers détenus), le niveau de fonds propres, ou encore la performance financière.

 Voici mes commentaires sur l’étude: 

« Nous pouvons tirer trois grands enseignements de l’étude réalisée par le CEPS. Tout d’abord, elle apporte des éléments tangibles démontrant que les banques de détail (qui  utilisent leur dépôt comme principale source de financement et octroient essentiellement des crédits à la clientèle) sont clairement plus sûres que les autres types de modèles bancaires. Deuxièmement, elle confirme que les banques d’investissement (engagées activement dans des activités de marché) tendent à manipuler le calcul de leurs risques afin de respecter plus facilement les contraintes réglementaires en matière de fonds propres. Enfin, cette étude met en lumière l’existence d’un sérieux décalage entre le discours et la pratique au sein de  l’industrie bancaire européenne. Alors que des banques comme BNP Paribas, Deutsche Bank ou Société Générale ne cessent de se présenter dans les médias comme des institutions contribuant au financement de l’économie réelle, le CEPS démontre en effet combien leur modèle de gestion s’apparente plutôt à celui d’une banque spéculative.  

Sur le plan législatif, les données empiriques produites par le CEPS constituent une base solide pour élaborer des réformes bancaires équilibrées. Plutôt que d’appuyer la thèse d’un règlement uniforme pour l’ensemble des banques européennes, les résultats de l’étude offrent l’opportunité d’élaborer des normes différenciées selon le profil de risque des banques. En d’autres mots, ils  permettent au législateur de concevoir à l’avenir des règles bancaires qui pénalisent les activités associées à des prises de risques excessives, tout en promouvant celles qui contribuent au financement de l’économie réelle« .

Retrouvez ci-dessous le document complet de l’étude ainsi que quelques unes de ses conclusions principales

  • Modèle 1 Banques d’investissement: engagées activement dans des activités spéculatives (actives sur les marchés financiers – opérations d’achats ou de ventes de produits financiers (dérivés, actions, titres de dette, etc.)  soit pour des clients soit pour compte propre);

 

  • Modèle 2 Banques de détail: utilisent leur dépôt comme principale source de financement et octroient essentiellement des crédits à la clientèle;

 

  • Modèle 3 Banques de détaildiversifiées: dépendent de sources de financement diversifiées (dépôts, emprunts sur les marchés interbancaire et monétaire, etc.) et octroient essentiellement des crédits à la clientèle;

 

  • Modèle 4 Banques ‘de gros’: fortement dépendantes de financement très instable et de court terme pour le financement de leurs activités de crédit;

Selon les résultats de l’étude du CEPS:

  • Les banques de détail et de détail-diversifiées sont clairement plus sûres que les autres (niveau de fonds propres plus élevés, qualité de leur financement; risque de défaut très bas) ;
  • Les banques ‘de gros’ (en anglais: ‘wholesale banks’) sont exposées  à divers types de risques. En effet, en raison de leur dépendance à des financements de courts terme sur les marché, ces banques sont très vulnérables en cas d’assèchement du crédit interbancaire (cas de Dexia par exemple); 
  • Les banques d’investissement: fortement exposées aux risques de marchés (exemples: pertes sur opérations de dérivés, CDS, etc.). L’étude du CEPS met également en évidence la capacité de ces banques à manipuler leurs calculs de risque afin de respecter plus facilement les contraintes réglementaires en matière de fonds propres;  

Vous pouvez télécharger l’étude: Bank Regulation in the EU

 

Retrouvez également quelques articles de presse couvrant cette étude:

BRUXELLES 27/06 (BELGA): Plutôt que d’adopter une législation uniforme pour l’ensemble des banques européennes, le législateur européen ferait  mieux d’appliquer des normes différenciées selon le profil de risques des banques, afin de cibler davantage celles prenant des risques excessifs et encourager celles qui contribuent au contraire au financement de l’économie réelle.

Telle est la conclusion d’une étude publiée mercredi par le Center  for European Policy Studies (CEPS) en collaboration avec le groupe  des Verts au Parlement européen, et ce à l’heure où l’Europe discute d’une nouvelle régulation pour ses banques.

Le centre a analysé 74 banques européennes sur base de leur mode de financement, la nature de leurs actifs, leur niveau de fonds propres, ou leur performance financière.

Conclusion: les banques de détail -qui utilisent leur dépôt comme principale source de financement et octroient essentiellement des crédits à la clientèle- sont clairement plus sûres. De plus, les banques d’investissement -engagées activement dans des activités de marché « tendent à manipuler le calcul de leurs risques afin de respecter plus facilement les contraintes réglementaires en matière de fonds propres ». Face à ce constat, le CEPS formule une série de recommandations, comme un relèvement des exigences de capital à 5,4%, contre 4,5% aujourd’hui, l’abandon de l’examen du ratio de « core tier 1″ jugé peu fiable, et son remplacement par une analyse plus poussée des risques pris par les banques. Cet examen, estime le CEPS, devrait être réalisé par un superviseur européen indépendant, voire pourquoi pas la Banque centrale européenne (BCE)

S’appuyant sur ces résultats, l’eurodéputé belge Philippe Lamberts

(Ecolo) a critiqué mercredi la direction prise aujourd’hui par l’Europe en matière de régulation des banques.

« Sous couvert de promouvoir les banques universelles, le modèle bancaire qui est de facto poussé par l’Europe est celui de la banque d’investissements », selon lui.

« La volonté manifeste, c’est d’avoir de grands champions bancaires européens capables de concurrencer sur la scène mondiale les grandes banques américaines. Mais quel est le coût de cela pour la société et les contribuables européens? « , interroge l’eurodéputé. Qui fustige dans la foulée la différence de traitement entre les Etats et les banques.

« Un frein à l’endettement est imposé aux Etats, mais de l’autre côté on ne fait rien pour limiter celui des banques », critique M. Lamberts. « Ce deux poids, deux mesures devient de plus en plus insupportable! « .

Le Soir – Dominique Berns, 28.06.2012
Limiter l’endettement des banques: les Verts européens veulent des « ratios de levier » contraignants et différenciés

S’agissant de la réglementation bancaire, les Verts européens ne lâchent pas l’os. Ils ont certes perdu une bataille. Dans le cadre de la transcription en droit européen de Bâle III, ils souhaitaient qu’on distingue trois modèles : les banques « fondamentales », récoltant des dépôts et octroyant des crédits ; les institutions systémiques (« trop grandes pour faire faillite » et actives sur les marchés financiers) ; et, entre les deux, les banques universelles, moins grandes que les précédentes, mais dont les activités peuvent également être « spéculatives ». Raté. Le projet de directive CRD IV ne retient que deux catégories : les banques systémiques et les autres.

Mais les Verts, leur conviction intacte, sont repartis au combat. Ils ont commandé une nouvelle étude au centre de recherche CEPS (Centre for European Policy Studies) pour mieux asseoir la différenciation entre modèles bancaires. L’eurodéputé belge Philippe Lamberts l’a présentée hier. Elle conforte leur leitmotiv : la « taille unique » n’est pas la bonne solution.

L’étude (lire ci-contre) identifie quatre « business models » : la banque d’investissement (par exemple : BNP Paribas, Deutsche Bank, Société générale…), la banque de détail, la banque détail diversifiée (comme KBC ou ING) ; et la banque « de gros » (Dexia). « Elle montre que les banques de détail (qui utilisent leur dépôt comme principale source de financement et octroient essentiellement des crédits à la clientèle) sont clairement plus sûres que les autres types de modèles bancaires », explique Philippe Lamberts.

« Elle confirme que les banques d’investissement, engagées activement dans des activités de marché, tendent à manipuler le calcul de leurs risques afin de respecter plus facilement les contraintes réglementaires en matière de fonds propres », poursuit l’euro-député. Qui note, à ce propos, « un décalage entre le discours et la pratique : alors que des banques comme BNP Paribas, Deutsche Bank ou SocGen se présentent comme des institutions contribuant au financement de l’économie réelle, le CEPS démontre combien leur modèle de gestion s’apparente plutôt à celui d’une banque spéculative. »

Pour les Verts, cela devrait convaincre le législateur européen non seulement que les normes doivent être différenciées selon le profil de risque des banques, mais aussi qu’on ne peut se contenter d’imposer un minimum de fonds propres en fonction des actifs pondérés par le risque (« risk weighted assets »). Car l’étude prouve l’intérêt que présente un indicateur plus fruste : le « ratio de levier » ou « leverage ratio », qui rapporte simplement les fonds propres au total des actifs (donc : sans les pondérer). Ce ratio est en effet très différent selon le type de banque : de 2 % pour les banques « de gros », à… 6 % pour les banques de détail. Pourtant, le projet de directive CRD IV ne prévoit pas, pour le moment, d’imposer des « ratios de levier » contraignants. Autant dire qu’une des grandes leçons de la crise financière n’a pas été tirée !

Et c’est sur ce point que les Verts sont décidés à faire le forcing, afin que soient instaurés des ratios de levier minimums et différenciés : de 9 % pour banques systémiques et de 6 % pour les autres. L’objectif, pour eux, n’a pas changé : « Pénaliser les activités associées à des prises de risques excessives – et ainsi réduire les risques… supportés in fine par les contribuables –, tout en promouvant les activités qui financent l’économie réelle. »

L’Echo, 28.86.2012 
 
Pour lire l’article: L’Echo_ Etude CEPS_28.06.2012
 
Bel RTL, passage juste la conférence de presse qui a lancé l’étude (27.06.2012):

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 RTBF, Echo matin 28.06.2012

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 RTL TVI, Passage au JT mercredi 27.06.2012, de la minute 10:15 à 12:20

 

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