ECOLO apporte des réponses structurelles et solidaires pour sauver l’idéal de la construction européenne

A l’avant-veille du sommet européen extraordinaire sur la crise de l’Euro, Ecolo exprime sa vive préoccupation à l’égard des difficultés économiques et financières que rencontrent l’UE et ses Etats membres, lesquelles ne manquent pas de similitudes, sous certains égards, avec la situation belge. Les menaces lourdes qui pèsent sur les budgets de différents Etats européens, dont la Belgique, appellent à d’autres réponses que celles de court terme apportées à la crise grecque. Des réformes structurelles, faisant passer l’intérêt général européen avant les intérêts particuliers, sont aujourd’hui nécessaires et doivent être mises à l’ordre du jour de ce sommet. Pour les Verts, il s’agit d’une condition indispensable pour sauvegarder l’emploi en Europe, pour préserver nos modèles sociaux et notre capacité à réorienter notre économie vers des modèles plus soutenables.

Les semaines défilent sans que de telles décisions soient prises et le prix à payer pour résoudre les crises tend à enfler dans la même mesure. Ecolo appelle l’ensemble des responsables politiques à renouer avec le sens du compromis et de l’intérêt général et à faire preuve d’une réelle vision, faute de quoi la scission ou l’explosion de la zone euro finira par nous guetter. Pour les Verts, une union économique et monétaire n’a pas la moindre chance de survie si elle ne s’accompagne pas d’une intégration politique plus poussée, notamment au niveau social et fiscal.

Pour commencer, il est urgent d’en finir avec le chantage exercé par les trois principales agences de notations qui, sous couvert d’analyses prétendument rigoureuses et factuelles, se constituent de facto en un gouvernement mondial qui pousse des gouvernements élus à une austérité aveugle, broie nos modèles sociaux et mine les conditions du redéploiement et de réorientation de nos économies et de nos sociétés

Ainsi, rien ne justifie objectivement le fait que la Grèce affiche la pire cotation des pays suivis par Standard & Poor’s, une cotation bien inférieure par exemple à celle de la Tunisie, un pays à reconstruire après la chute de la dictature, ou du Mozambique, qui est le 5e pays le moins bien classé selon l’Indice de Développement Humain des Nations Unies, ou encore 2 crans sous Tepco, l’entreprise (ir)responsable des sites nucléaires de Fukushima. Voilà qui jette un doute sur le sérieux des analyses de ces agences, lesquelles semblent obéir au mieux à des réactions grégaires et instinctives, au pire à des motivations idéologiques.

Pour mettre un terme aux prophéties auto-réalisatrices des agences de notations, Ecolo souhaite la concrétisation immédiate des propositions du Commissaire au Marché Intérieur, M. Barnier, visant à interdire la notation de pays qui, comme la Grèce aujourd’hui et peut-être d’autres pays demain, font l’objet d’une aide européenne,

Cependant, il faudra aller plus loin et, comme le proposait le Parlement européen dans son rapport sur ces agences, envisager la création d’une agence de notation publique européenne, dont l’objectif premier serait « l’octroi de notations indépendantes et neutres et qui examinerait l’intérêt et le coût d’une deuxième notation obligatoire pour chaque notation émise par une agence de notation enregistrée et active dans l’Union européenne ».

Il apparaît donc plus urgent que jamais de se ressaisir au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement européens pour éviter l’euthanasie de l’euro. Au-delà de cette réforme urgente du système de notation, l’Europe ne pourra plus se contenter de demi-mesures. Les réponses apportées au coup par coup aux difficultés rencontrées par la Grèce, l’Irlande ou le Portugal, qui étranglent leur économie et les empêchent paradoxalement de se redresser, vont dans la mauvaise direction, parce que insuffisamment solidaires et visionnaires. Le sommet européen de ce vendredi doit permettre aux chefs d’Etat européens de consacrer une rupture par rapport à cette réponse court-termiste et de mettre sur la table des propositions structurelles pour sauver la zone euro, par exemple sous la forme d’un rachat partiel ou d’un rééchelonnement de la dette grecque impliquant les créanciers privés et d’un deuxième plan de sauvetage à un taux d’intérêt raisonnable, qui constitue un passage inévitable et la solution la plus réaliste, quoi qu’en pensent les pays les moins enclins à la solidarité.

De même, Ecolo espère que le sommet européen de jeudi verra enfin des engagements concrets pour une lutte coordonnée contre la fraude fiscale et les paradis fiscaux, qui affaiblissent les finances des Etats, et pour la mise en place d’une taxe sur les transactions financières, dont beaucoup parlent mais par rapport à laquelle trop peu s’engagent. En la matière, le sommet de ce jeudi devrait consacrer une véritable rupture par rapport aux atermoiements du passé et constituer une nouvelle étape de la construction d’une Europe sociale et fiscale, condition indispensable d’une véritable sortie de crise.

Les propositions législatives définissant la gouvernance économique devront être réécrites conformément aux propositions déjà communiquées par Ecolo et les Verts européens avant leur adoption en septembre pour éviter que les décisions du sommet européen soient neutralisées par l’application de ces nouvelles règles. Cf. http://www.gouveco-eu.be

Enfin, Ecolo souhaite mettre en évidence que la Belgique n’est pas à l’abri des conséquences de cette crise de la zone euro. La panique qui s’est emparée des marchés intensifie les difficultés des pays européens dits périphériques et s’étend désormais à d’autres pays de la zone. La menace colportée notamment par les agences de notation qui ont déjà alerté le pays et les entités fédérées s’approche par conséquent dangereusement de la Belgique, également sous la menace des agences de notation. S’ils veulent éviter à notre pays une austérité permanente, les différents partis appelés à négocier doivent choisir la voie du compromis et forger très rapidement un accord gouvernemental équilibré et respectueux des attentes de chaque communauté. A défaut, notre pays, laboratoire de l’Europe et identifié par le FMI comme source potentielle d’une crise systémique en raison de l’importance démesurée du secteur bancaire, risque de connaître des heures douloureuses, ce qui aggraverait l’instabilité financière mondiale et serait inévitablement perçu comme un signe avant-coureur de la fin de la construction européenne.

Philippe Lamberts (député européen) et Georges Gilkinet (député fédéral)

Photo (cc) MWBoeckmann

Bureau De Philippe Lamberts

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