Elections britanniques : May joue et perd

Elections britanniques : May joue et perd

Elections britanniques : May joue et perd

Et dire qu'hier encore, les commentateurs britanniques annonçaient qu'en deçà d'un gain net de 50 sièges, Theresa May aurait perdu son pari de convoquer des élections anticipées au Royaume-Uni. Ce matin, elle se réveille sur une perte de 12 sièges. Le Labour Party de Jeremy Corbyn, loin d'être laminé par les Tories, en gagne 29. La campagne électorale a permis aux deux leaders de se révéler tels qu'en eux-mêmes, et aux électeurs de juger. Voici quelques réflexions que m'inspirent ces élections :

Premièrement, alors que les deux grands partis ne sont distants que de 2,4% (42,4% pour les Tories contre 40% pour le Labour), 57 sièges les séparent sur un total de 650 sièges. Quant aux autres partis, qui se partagent 17,6% des voix, ils récoltent 11% des sièges. On sait le système britannique (scrutin uninominal à un tour, "first past the post") injuste; les résultats le confirment une fois encore. Soit dit en passant, les Verts ont sauvé leur unique siège, celui de Caroline Lucas à Brighton.

Deuxièmement, avec un recul de 21 sièges, les indépendantistes écossais, farouchement favorables au maintien du Royaume-Uni au sein de l'UE, sont les plus grands perdants du scrutin, au profit des partis opposés à l'indépendance. Inutile de dire que ceci éloigne la perspective d'un nouveau référendum en Ecosse.

Troisièmement, il est frappant que l'enjeu majeur auquel sera confronté le prochain gouvernement de Sa Majesté, à savoir les négociations du Brexit, ait été absent du débat pendant la campagne. Cela révèle à mes yeux à quel point la question européenne semble loin des préoccupations des Britanniques, mais plus encore la frilosité des deux principaux leaders politiques sur le sujet : ils savent bien que leurs partis respectifs sont profondément divisés à ce sujet. Et pourtant, dans la mesure où le référendum sur le Brexit s'est borné à indiquer une direction, il eût été essentiel pour le débat démocratique que s'opposent dans la campagne différentes visions de la forme que devrait revêtir le Brexit, en particulier sur les questions du maintien ou non du Royaume-Uni au sein du marché intérieur et des droits et devoirs des citoyen-ne-s européens au Royaume-Uni. Il n'en a rien été.

Enfin, la première conséquence du résultat du scrutin est que le risque d'une sortie désordonnée du Royaume-Uni de l'UE est aujourd'hui accru – un échec des négociations et l'absence d'un accord politique étant devenus plus probables. En effet, le gouvernement britannique, à peine majoritaire dans l'hypothèse d'une coalition Tories-DUP (le parti unioniste nord-irlandais), sera à la merci des éléments les plus radicaux du parti conservateur, et donc dans une position inconfortable pour faire les compromis indispensables à un accord. C'est précisément pour ne pas se trouver dans cette situation que Theresa May avait convoqué les élections anticipées. Ceci, combiné à une certaine radicalisation du discours et des attitudes du côté des 27, fait que les négociations - dont on ne sait si elles pourront commencer la semaine du 19 juin comme initialement prévu - commenceront dans une atmosphère délétère.

Je reste convaincu que le Brexit est un jeu à somme négative : tant le Royaume-Uni que les EU-27 et leurs citoyen-ne-s y perdront. L'objectif principal me semble devoir être, pour tous les responsables impliqués, de limiter les dégâts. Cela va supposer de garder la tête froide.

Image à la une: Marc Dubuisson En Attendant La Fin Du Monde

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