Fipronil : le scandale emblématique d'un système défaillant

Fipronil : le scandale emblématique d'un système défaillant

Fipronil : le scandale emblématique d’un système défaillant

Strasbourg, le 12 septembre 2017

Ce matin, nous débattions en séance plénière du scandale des œufs contaminés au Fipronil, cet insecticide interdit dans le secteur alimentaire qui a agité la Belgique cet été. Grâce notamment à l'opiniâtreté des écologistes belges, l'ampleur de la fraude a été progressivement mise en lumière (le point par ici). Et le scandale s'étend bien au-delà de nos frontières : selon la Commission européenne, pas moins de 22 pays de l'UE et 12 pays hors-UE ont été fournis en produits alimentaires contenant du Fipronil.

Je voudrais ici souligner trois aspects de cette affaire.

Premièrement, la crise des œufs contaminés au Fipronil a révélé l'étendue des défaillances des systèmes de contrôle nationaux et européen en matière de sécurité alimentaire. Personne n'a réalisé la présence de Fipronil dans les œufs, car personne ne le mesurait. Il a fallu qu'une entreprise privée prenne l'initiative de prévenir les autorités belges pour commencer à déceler la fraude. Ainsi détectée dès la mi-mai, signalée à l'AFSCA dès le 2 juin, la contamination au Fipronil n'a cependant été notifiée à la Commission européenne que le 20 juillet. Deux mois se sont donc écoulés avant que les États membres ne soient alertés et près de 15 jours pour diffuser l'information au sein du réseau européen d'alerte rapide... Pendant ce temps, nous avons continué à consommer des œufs, gaufres, viennoiseries contaminés. Faute de contrôles suffisants, ce sont les consommateurs et les producteurs qui subissent, en bout de chaîne, les conséquences d'une fraude qui a traversé toutes les mailles du filet.

Les États-Membres doivent prendre plus au sérieux le contrôle du système alimentaire. Le "système d'alerte rapide" européen pour les denrées alimentaires ne peut fonctionner efficacement que si les États-Membres l'utilisent réellement et démontrent une volonté commune de protéger la santé des consommateurs. Cela implique non seulement une meilleure coopération entre les États, mais également que ceux-ci mettent les moyens nécessaires pour assurer le contrôle de la chaîne alimentaire.

Ensuite, l'attitude vis-à-vis du Fipronil n'est pas cohérente : alors qu'il est interdit dans le secteur alimentaire, nous y sommes cependant exposés par d'autres biais : il est autorisé pour traiter les animaux domestiques et se retrouve dans colliers, poudres et shampooings anti-puces, -tiques ou –acariens. L'an passé, la moitié des cheveux des enfants de 10 à 15 ans testés contenaient des traces de Fipronil... Les doses de Fipronil retrouvé dans les aliments viennent ainsi s'ajouter aux doses déjà présentes dans les maisons. Il serait temps que les perturbateurs endocriniens et les substances à la toxicité avérée soient interdits au niveau européen, comme nous le réclamons depuis longtemps aux côtés des associations et de nombreux citoyens.

Enfin, ce scandale illustre également à quel point le système agro-alimentaire dominant est insensé. Lorsque les intermédiaires se multiplient, lorsque les distances parcourues de la fourche à la fourchette s'allongent, même une armée de contrôleurs ne suffit plus. Dans le cas qui nous occupe, des œufs contaminés en provenance des Pays-Bas ont été retrouvés jusqu'à Hong-Kong ! Une bonne raison de plus pour revenir aux circuits courts...

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