Il y aura un "avant" et un "après" Fukushima

Il y aura un « avant » et un « après » Fukushima

Il y aura un avant et un après Fukushima. Traditionnellement les institutions européennes ont adopté une attitude plutôt pro-nucléaire. Plus précisément elles se sont cachées derrière le principe de subsidiarité en laissant aux Etats Membres le choix de déterminer eux-mêmes les composantes de leur "mix énergétique".

La réponse de l'Union européenne à la crise de Fukushima se résume en deux mots: "Stress-test", qui veut dire "Stress de résistance" (ces termes vous seront certainement familiers car ce sont les mêmes qui sont utilisés dans le contexte de la crise financière). Pour les banques, comme pour les centrales nucléaires, l'idée est de rassurer l'industrie, les investisseurs et le citoyen en soumettant ces dernières à des "tests" pour démonter la capacité de résistance de ces deux industries aux perturbations et aux chocs. Si le principe de ces tests - simuler l'impact d'éléments exogènes qui viendrait "perturber" le système - est défendable, leurs résultants n'en sont pas moins effrayants. En effet, les stress tests menés sur les banques ont dévoilé par exemple que "tout allait bien" et que les banques étaient capables de résister aux chocs. Les banques irlandaises ont été présentées par exemple comme des banques "résistantes". La réalité nous a pourtant montré que rien n'était moins vrai: quelques semaines après leur soumission aux tests, les banques irlandaises étaient en état de faillite virtuelle. Pour l'industrie nucléaire, nous risquons de voir le même phénomène se produire. Les stress-tests n'ont de sens que si la barre d'exigence pour les surmonter est placée très haut. Or, les tests conçus actuellement n'anticipent pas le "non-anticipable", c'est-à-dire la catastrophe absolue. Si ces tests étaient capables d'exercer une pression similaire à celle ressentie par Fukushima lors du tremblement de terre et du Tsunami qui l'a suivi, les résultats seraient sans aucun doute nettement moins satisfaisants.

C'est pour cette raison que les Verts voient ces stress-tests comme un exercice en vain. Tout le monde sait pertinemment bien que ces tests ne simuleront jamais un crash avec un avion, auquel aucune centrale nucléaire ne pourrait résister. Tout ça pour en arriver à la conclusion que le risque zéro n'existe pas. Et c'est là où en tant que Verts nous avons un réel problème. Même si la probabilité d'une catastrophe nucléaire est infime, elle n'est pas nulle. Par contre, l'impact d'une telle catastrophe est colossal. En termes mathématiques, si vous multipliez un nombre très petit (le risque infime) par un nombre très grand (l'impact colossal), vous arrivez à un résultat indéterminé. Face à cette indétermination, les assureurs ne sont pas prêts à couvrir les effets d'une telle catastrophe car ils ne peuvent quantifier le coût de ces effets d'une manière suffisamment définie que pour en faire un business profitable. Donc, en bref, si les spécialistes mondiaux du risque ne s'y frottent pas, pourquoi nous lancerions-nous dans cette voie, apparemment trop risquée?

La leçon à tirer de Fukushima est simple: le nucléaire est une source d'énergie produisant des risques non-gérables par l'homme. Couplée à ce risque non-quantifiable et non-gérable il y a évidemment la question des coûts liés à la maintenance d'une centrale nucléaire, qui ne cesseront d'augmenter avec le renforcement des procédures de sécurité et la quantité de déchets grandissante à stocker.

En résumé, nous estimons qu'une énergie dont la production génère de tels risques et dont le coût économique et environnemental est si élevé n'a pas sa place dans la formule énergétique du 21e siècle. Derrière notre conviction, ce n'est pas l'idéologie qui prime mais bien des faits et des chiffres. C'est donc un raisonnement rationnel qui nous pousse à plaider pour une sortie du nucléaire. Les stress-tests dont nous discutons aujourd'hui ne sont à nos yeux qu'une tentative de retardement du débat pourtant inévitable sur la sortie du nucléaire, et plus précisément sur ses stratégies et son calendrier.

Compte-rendu de la session du Parlement européen, 04/2011 from Ecolo.be on Vimeo.

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