Inégalités et précarisation accrues sont-elles le prix pour davantage d’emplois ?

Inégalités et précarisation accrues sont-elles le prix pour davantage d’emplois ?

Inégalités et précarisation accrues sont-elles le prix pour davantage d’emplois ?

Mercredi dernier, j’organisais un déjeuner de presse afin de présenter à des journalistes les résultats d’une étude réalisée avec Philippe Defeyt (économiste reconnu et ancien secrétaire fédéral Ecolo).

 

En utilisant des données officielles d’Eurostat et de l’OCDE, cette étude que vous retrouverez ci-dessous confirme les tendances suivantes:

  1. Il semble que s’opère un jeu de vases communicants entre les créations d’emploi (quantité) et la nature de l’emploi (qualité). Les pays qui ont créé le plus d’emplois se distinguent par le nombre relativement plus important d’emplois mal rémunérés et de temps partiels (non choisis).
  2. Tenant compte de ce facteur et des évolutions démographiques qui sont trop souvent ignorées, il s’avère que les pays qu’on présente comme des modèles (comme l’Allemagne) au regard des performances de leur marché du travail ne sont pas finalement pas si bons que cela. Ainsi, la prise en compte de ces éléments ferait régresser l’Allemagne de sa 2e place en termes de taux d’emploi officiel à la 8e place. Les Pays-Bas, 6e, dégringoleraient à la 22e place ; la France, de la 12e à la 17e. D'après une analyse de la Banque centrale européenne, si le taux de chômage au niveau de la zone euro est officiellement de 9 % (le taux le plus bas depuis le début de la crise), ce chiffre n’est pas le bon indicateur à observer. Outre le taux de chômage, il faut aussi regarder les personnes découragées et celles qui sont coincées dans des jobs de piètre qualité et qui voudraient travailler davantage (et mieux). En tenant compte de ces indicateurs supplémentaires, le taux de sous-utilisation sur le marché du travail (comme les économistes le définissent) monterait à près de 18 % !
  3. La croissance comme moteur de créations d’emplois s’essouffle dans la plupart des Etats membres. Lorsque l’on prend pour chaque pays comme référence le nombre de postes de travail créé pour chaque point de croissance gagné et qu’on se demande combien d’années il faudrait à ce rythme pour que les Etats membres respectent leurs objectifs de taux d’emploi (à atteindre normalement pour 2020), on s’aperçoit qu’il faudrait au moins un demi-siècle (!!!) dans un certain nombre d’Etats membres. Et encore, on ne parle pas d’atteindre le plein emploi !
  4. D'après les estimations de l’OCDE, la croissance dans les pays riches devrait décliner aux alentours de 0,5 % par an d’ici 2050. Mais, ce chiffre pourrait s’avérer optimiste car l’OCDE ne prend pas en compte la disponibilité limitée de certaines ressources. Si le recyclage peut être avancé comme solution, il ne répond pas à tous les défis. À cela s'ajoute des contraintes d’ordre physique: par exemple, les progrès des nouvelles technologies et de l’économie numérique ont été permis grâce à la miniaturisation des transistors que l’on retrouve dans les puces électroniques mais on s’approche d’un seuil à partir duquel il ne sera plus possible de réduire encore leur taille. On vante régulièrement les mérites de la dématérialisation et de la numérisation de l’économie (apps, cloud, objets connectés, etc.) Or, les coûts énergétiques et environnementaux ne sont pas nuls. Au contraire, le secteur des technologies de l’information et de la communication pollue globalement 2 fois plus que l’aviation. Le respect de l’Accord climatique de Paris aura aussi des conséquences sur ce secteur.

 

Tout ceci indique qu’il est urgent et nécessaire de refonder le modèle européen (voire au-delà) sur les principes suivants: justice fiscale, répartition du temps de travail et protection sociale (revenu universel). Et c’est ce à quoi l’on s’attelle chez Ecolo par le biais des Ecolabs, ces processus participatifs à visée programmatique, dont je fais régulièrement la promotion au niveau européen.

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