L'appel européen pour une autre gouvernance économique

L’appel européen pour une autre gouvernance économique

Face aux dangers que les nouvelles règles en matière de gouvernance économique font peser sur le modèle social européen et la capacité des Etats à investir dans la transition écologique, les progressistes européens se coalisent autour d'un texte, un appel soumis à signature à l'adresse www.changeforeurope.eu.

Ce texte à l'origine duquel se trouvent le groupe des Verts et celui des Socialistes européens et auquel se sont ralliés des organisations comme la Confédération Européenne des Syndicats ou des figures européennes de premier plan comme Jacques Delors entend dénoncer le carcan néolibéral dans lequel la droite européenne veut nous enfermer; proposer une vision alternative, crédible et efficace pour surmonter les crises actuelles; et mobiliser autour de ce projet afin que, suite aux prochaines échéances électorales, nous puissions le concrétiser.

En septembre 2010, la Commission européenne présentait un ensemble de propositions législatives annoncées comme la panacée pour que la crise que nous traversons ne soit plus qu'un mauvais souvenir. Mais, les choix idéologiques sous-jacents à ces propositions constituent une remise en cause sans précédent des valeurs et des principes fondamentaux de notre destin commun: la solidarité, la justice sociale, l'égalité des chances et le développement durable. La recette néolibérale qui est vantée par l'UE a déjà été éprouvée ou est en voie de l'être en Espagne, au Portugal, en Grèce, en Irlande et avant eux, en Hongrie, en Lettonie ou en Roumanie. Elle y a produit des effets ravageurs : même si on a moins entendu la population de ces derniers pays déjà accoutumée à cette thérapie de choc dans les années '90, le mouvement des Indignés qui a émergé spontanément est le symptôme de ces pays qu'on est en train de casser en leur imposant des cures drastiques d'austérité si bien que la crise économique menace à tout instant de dégénérer en troubles sociaux et instabilité politique perpétuels laissant le champ libre aux extrémismes en tout genre. En Belgique, les signes avant-coureurs sont plus clairement perceptibles depuis que la Commission a publié ce 7 juin son évaluation de notre programme socio-économique pour les prochains mois, voire années et les recommandations qu'elle en tire.

Si nous reconnaissons l'importance de consolider les finances publiques pour dégager des moyens à mettre au service de la transition écologique, du vieillissement de la population dans des conditions dignes ou de la lutte contre les inégalités sociales, le rythme auquel l'ajustement doit être réalisé doit être bien calibré pour éviter de confondre vitesse et précipitation, ce que fait justement la Commission: bien que la Belgique présente le 5e taux d'endettement public le plus élevé de la zone euro, il s'est néanmoins stabilisé depuis 2009 (à 97 % depuis 2009) alors que dans la zone euro, il augmentait encore de 8.4 points de % (sur la période 2007-2011 +12.8 vs +21.5). La Commission souhaite un doublement de l'effort budgétaire par rapport à ce que le gouvernement envisage et cela devra passer par une compression des dépenses publiques, en particulier celles liées au vieillissement. Or, à titre d'illustration, sans transferts sociaux, ce ne sont pas moins de 80.000 des personnes de +65 ans qui seraient menacées de tomber dans la pauvreté.

On peut bien entendu suivre la Commission quand elle recommande de taxer davantage les activités et produits nocifs pour l'environnement afin de promouvoir une utilisation plus rationnelle des ressources et de l'énergie en particulier et dans le même temps de relâcher la pression fiscale sur les salaires. Par contre, une augmentation des recettes fiscales en faisant contribuer les plus gros revenus et le secteur financier n'est pas à l'ordre du jour. De même, elle se borne à critiquer la fragilité et la concentration de nos banques alors que les tests de résistances de ce secteur sont trop complaisants et que le niveau d'ambition en matière de re-régulation envisagée par le G20 il y a deux ans est fortement retombé.

La Commission demande aussi à la Belgique de raboter les salaires s'il s'avère que ceux-ci évoluent plus rapidement que ceux des travailleurs français, néerlandais et allemands. Dans la même veine, elle souhaite limiter les allocations de chômage dans le temps. Cela aurait pour effet de faire basculer les chômeurs jusqu'alors soutenu par la sécurité sociale dans l'assistance sociale fournie par les CPAS avec pour effet indirect de grever les finances des communes qui rencontrent déjà assez de difficultés sans cela.

Notons que ces recommandations ne sont pas à prendre à la légère car si les années antérieures, elles étaient tout simplement ignorées, avec les nouvelles règles de la gouvernance économique, la Belgique pourrait être sanctionnée si elle n'obtempère pas aux injonctions d'ordre budgétaire (à hauteur de 0,2 % du PIB) ou à celles d'ordre socio-économique (0,1 %), soit quand même un montant cumulé d'environ 1,1 milliards d'euros dans le pire des scénarios, ce qui correspondrait au double de l'enveloppe dédiée à des politiques de l'emploi cette année-ci.

Sarah Turine, coprésidente Ecolo
Philippe Lamberts, eurodéputé Ecolo
Wouter Van Besien, président Groen
Bart Staes, eurodéputé Groen

Photo (cc) TPCOM

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