Le Grand Oral La Première/Le Soir: «Tout ce qui est dit en Flandre n’est pas nécessairement stupide»

Béatrice Delvaux

Le député européen Philippe Lamberts dit ce qu’il pense, hors des schémas imposés ou du politiquement correct. « Il y a trop, de niveaux de pouvoir en Belgique », a-t-il déclaré lors du Grand Oral La Première / Le Soir.

 

C’est l’homme du moment. On se l’arrache à la City, sur les plateaux de télévision britanniques, même les commissaires européens ne font plus un pas sans l’interroger. Et ce dimanche il sera sur les plateaux du Zevende dag, l’émission politique phare de la VRT. Car l’Ecolo anderlechtois Philippe Lamberts, non content d’être trilingue parfait et de maîtriser la finance et les matières économiques – ce qui concourt à en faire un oiseau rare et recherché –, n’a de plus pas sa langue en poche. Par ces temps de langue de bois, il appelle un chat un chat. Comme lors de son Grand Oral La Première / Le Soir de ce samedi. De quoi laisser augurer d’autres destins que le Parlement européen ? L’homme nie – il sera candidat aux européennes, comme promis – mais c’est clair, il est prêt à relever d’autres défis ! Cet homme est à suivre de très près, même s’il n’est pas certain que cet ex-cadre d’IBM, plaise à tous dans et hors de son parti.
 

« Il y a trop de niveaux de pouvoirs, en Belgique ou à Bruxelles »

 

Pour Philippe Lamberts, il faut consacrer des dépenses au soutien de la réindustrialisation de la Belgique et son redéploiement dans des créneaux du futur.Mais comment financer cela ? «  On a une structure d’Etat en Belgique qui est trop complexe, donc je continue à croire qu’on a trop de niveau de pouvoir en Belgique, que ce soit à Bruxelles. Je commencerais par (enlever) les provinces sans hésiter une demi-seconde, ce qui ne veut pas dire éliminer les missions des provinces. Quand je vois aussi, j’habite Bruxelles, est-ce qu’on a vraiment besoin de 19 Communes, de 6 Zones de police, allez, c’est une ville de 1 million d’habitants. Quand vous voyagez un peu, que vous allez à Shanghai ou à Pékin, des mégapoles de 20 millions d’habitants, je peux comprendre et là même, ils ne décentralisent pas vraiment. »

« Nom de Dieu, tout ce qui peut être dit en Flandre, n’est pas nécessairement stupide ! »

 

Lamberts propose de transformer des fonctionnaires en enseignants, infirmières, «  des gens qui créent de la valeur ajoutée »

Lamberts ne tient-il pas un langage de flamand dans l’âme, par rapport à Bruxelles ? «  Mais nom de Dieu, moi, j’en ai marre que quand on tient un langage de cette nature, on dise ohé, tu parles comme les Flamands. Primo, tous les Flamands ne disent pas la même chose. Deuxio, tout ce qui peut être dit en Flandre, n’est pas nécessairement stupide. Et donc moi personnellement, je serai partisan d’une rationalisation de nos institutions, je dirais presque, faisons un pacte. Disons que la fonction publique ne change pas de taille, mais qu’on mette plus de monde en première ligne, c’est-à-dire des enseignants, des infirmières, etc, des gens qui créent de la valeur pour la société et qu’on rationalise notre back office pour parler en langage un peu managérial, nos fonctions de support. Et donc je pense que ça serait une bonne manière pour retrouver les moyens d’investissements publics et moi, je vois l’enseignement et la santé comme des lieux d’investissements et je pense que ça vaudrait la peine en tout cas de se poser ce genre de question mais ça veut dire alors que si on rationalise, il y a quelque part, oui, moins de places à distribuer. »

« Je ne suis pas opposé à une forme de dégressivité de l’indexation »

 

La Belgique doit faire un budget difficile, attaquer ses problèmes structurels dont notamment son problème actuel de perte de compétitivité. Faut-il toucher dans ce cadre à l’indexation, tabou des tabous ? «  Moi, ma position sur l’indexation et là je vais en parler comme ancien employé du secteur privé, j’ai bénéficié de l’indexation automatique des salaires à IBM alors que j’étais cadre, très franchement au début de ma carrière, ça m’a aidé, à la fin, je n’en ai pas besoin. Et donc je ne serais pas opposé au fait qu’on ait une forme de dégressivité de l’indexation, « A partir de quel, de quel montant ? «  Oh, ça, je ne sais pas, ça, je trouve que ce sont des choses qui doivent être discutées  »

« Ecolo oui, tant que… »

 

Philippe Lamberts affirme ne pas avoir reçu de propositions venant d’autres partis depuis l’explosion internationale de sa notoriété, mais son positionnement politique tous azimuts pourrait éveiller les intérêts. Les siens d’abord, va-t-il rester candidat en 2014 au niveau européen ? Il maintient avec force : «  J’ai réfléchi, j’ai fait un choix, celui de m’investir au niveau européen. » Avec l’envie si les scores d’Ecolo le permettaient d’être un ministre des finances actif à l’Ecofin, ou un commissaire de gouvernement…

Ecolo un jour, écolo toujours ? « Aussi longtemps qu’Ecolo vise à transformer la société pour permettre primo, cette redistribution qui évitera l’éclatement de cette bombe à retardement sociale qui menace l’Europe -25 % des Européens sont sous le seuil de pauvreté, s’il n’y a pas de réindustrialisation, on va à l’explosion – et secundo, de répondre au défi environnemental, je serai chez Ecolo. »

« L’Allemagne et son ministre des finances, Schäuble décident de tout en Europe »

 

Après la semaine catastrophique pour l’Europe et Chypre, la question se pose : qui décide vraiment en Europe. «  Je suis désolé de le dire mais j’ai de plus en plus l’impression que c’est Wolfgang Schäuble qui décide dans cette maison et que donc c’est le Ministre allemand des Finances confronté à une élection très importante en septembre en Allemagne qui en fonction de circonstances de politique intérieure, prend les décisions. Ceci dit, il ne faut pas exonérer les dirigeants chypriotes de leurs responsabilités. » Et van Rompuy là-dedans, on n’en parle même pas, pourtant il y a un Belge là dans l’histoire ? Il est sous la coupe de l’Allemagne ? «  En tout cas, que je n’ai pas encore entendu Van Rompuy une fois confronter l’Allemagne donc regardez un petit peu l’épisode des papiers Van Rompuy sur l’avenir de l’intégration européenne, au début, c’était modérément ambitieux et donc au fur et à mesure que Angela Merkel disait, ceci, nein, cela, nein, cela nein, over my dead body, pas tant que je serai vivante, eh bien, le brave Herman effaçait, ’tipexait’ les parties du texte qui ne convenaient pas à l’Allemagne. »

Donc c’est le petit caniche qu’on représentait sur les caricatures de l’Allemagne ?

«  Je pense que ’caniche’ est exagéré mais je pense aussi que quelque part, enfin, on peut toujours se reporter la responsabilité l’un sur l’autre, mais aujourd’hui, c’est un fait que personne au sein du Conseil européen ni aucun chef d’Etat et de Gouvernement ni plus, leur président Herman Van Rompuy, n’osent dire à l’Allemagne, les réalités désagréables qu’elle doit aussi entendre  ».

Retrouvez l’interview filmée ici

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