L’ennemi n°1 de la City de Londres

La victoire du Parlement Européen sur la limitation des bonus des banquiers et l’augmentation de la transparence dans le secteur en mars 2013 m’a valu le surnom d' »homme le plus détesté de la City » par le journal Le Monde. Le Financial Times m’a quant à lui consacré un portrait pour avoir plafonné les excès des banques. Retrouvez ces deux articles en intégralité ci-dessous. 

Je me suis également rendu  le 15 mars 2013 à Londres pour une conférence de presse pour répondre aux questions de la City. Vous pouvez visionner ci-dessous le compte-rendu de la journée, qui retrace la bataille menée et les réactions qui ont suivi.

Une équipe du journal De Morgen, m’a suivi pendant cette visite à Londres:

De Morgen_PhLamberts_London15Mars2013

 

Article du Financial Times:

The man who capped the banks

By Alex Barker in Brussels and Daniel Schaefer in London, 01 March 2013

Philippe Lamberts is the City of London’s dreaded bonus snatcher. While countless politicians have decried outsized banker pay, few imagined a freshman Green MEP from Belgium’s humble Wallonia region could actually do something about it. But about midnight on Wednesday, Mr Lamberts and his European parliament colleagues secured the prize they have doggedly pursued for almost a year – a strict bonus cap on the pay of Europe’s top-flight financiers and star traders. The politics are now so advanced that bank chief executives, David Cameron, George Osborne and the Westminster parliament are all pretty much helpless to stop it.

Mr Lamberts’ victory is not only reshaping how banks operate, it is providing a lesson to all in where power lies in Europe. Howls of protest are rising over the City. Senior bankers are shocked, nervous and struggling to assess its implications. “We don’t know what we are going to do yet,” said one executive at a big US bank. “Should we move operations to Switzerland or Dubai? We would think about it, but it isn’t that easy to move staff.” Another banker called it an “anti-London rule” that exposed the lack of UK clout in Brussels. “This EU move has the ability to take the City down,” he said.

For all the fuss now, few took Mr Lamberts seriously when he first raised the idea of pegging bonuses to salary. He recalls one member of the parliament’s powerful finance committee told him to keep his “populist arguments” to himself. But that was in private session. Slowly support for the curbs started building among parliament’s negotiators. Some were convinced it was a good idea. But there was another powerful factor helping Mr Lamberts throughout: the political phobia over defending banker pay. “Who wants to be seen supporting big bonuses?” he said.

Once the main parties were backing the cap, the bank chiefs began to call. Mr Lamberts chatted bonuses with board level executives from two French, two German and three British banks. One even gave him a tour of a London trading floor. The calls “gave me comfort that we were on the right track”, he said with a chuckle.

One banker carrying the scars of trying to change Mr Lamberts’ mind said: “What Philippe lacks in knowledge and understanding of the banking sector and the merits of performance-related pay generally, he more than makes up for in certainty and stubbornness.”

“They had plenty of excuses,” said Mr Lamberts. “But the problem for them was the quantum. They want to be able to pay absurdly high amounts. It is not through competition, it is not value creation. It is linked to the ability to extract rent. Sometimes I feel like the last market liberal in town – I hate rent.”

Mr Lamberts is not your average Green. Most do not have a business background (he worked for IBM) and few list military plane spotting as a hobby. “For a Green to be watching bombers heading to Libya, that is really not very usual,” he admits. He is also not a simple populist. He might have compared driving out overpaid bankers from Europe to clearing the streets of “drug dealers”, but apart from remuneration, he has sided with the UK on most bank regulation issues, pressing for more stringent standards on leverage and liquidity.

Two political factors were crucial to his success. The first was the unity of the parliament, which often misdirects its considerable powers. Here Mr Cameron’s decision to quit the the centre-right European People’s party may have been important. Othmar Karas, an EPP member, led the negotiating team and gave Mr Lamberts strong backing. The second was political expediency. EU finance ministers must pass this legislation, for it enacts the biggest overhaul of bank capital rules since the financial crisis. They also hate discussing bonuses in public.

Britain aside, all ministers decided these were good enough reason to let Mr Lamberts win. “If it came to a public debate, we would have the upper hand. They knew that,” said Mr Lamberts. “That doesn’t mean we are populists. They are just running scared of rational argument.”

Article du Monde

L’homme le plus détesté par la City

LE MONDE, Eric Albert

Un député européen belge, du parti écologiste Ecolo, élu pour la première fois en 2009, et ingénieur informaticien de formation : Philippe Lamberts présente un profil improbable pour faire trembler la City. Avec sa mèche sage et ses bonnes manières, ce père de quatre enfants n’évoque pas vraiment le révolutionnaire, couteau entre les dents.

C’est pourtant lui qui a provoqué la fureur des banquiers de Londres en imposant le plafonnement de leur bonus. Le Parlement et le Conseil européen se sont mis d’accord, le 27 février, sur la proposition dont il est l’architecte : à partir de 2014, les bonus ne pourront pas dépasser 100 % du salaire de base, ou 200 % avec l’aval exceptionnel des actionnaires.

Boris Johnson, le maire de la capitale britannique, tempête, estimant que la mesure est une « vengeance (…) contre Londres », jurant qu’il « ne laissera pas faire ». Mark Boleat, qui dirige les affaires politiques à la corporation de la City, parle d’une « mauvaise décision » qui va provoquer une hausse des salaires fixes, pour compenser. D’autres menacent – anonymement – de se délocaliser à New York ou à Singapour.

Vendredi 15 mars, M. Lamberts s’est justement offert, pour son 50e anniversaire – qu’il fêtait la veille – une visite à Londres. Il y a été assailli par les médias, de la BBC à Sky News, en passant par le Financial Times, qui voulaient voir l’homme qui a eu la peau des banquiers. Le président du régulateur financier britannique, Adair Turner, et le président de HSBC, Douglas Flint, l’ont aussi reçu.

M. Lamberts goûte l’instant, sans remords. Les banquiers « crient comme des pourceaux qu’on égorge, donc j’imagine que [le plafonnement] va avoir un impact », se félicite-t-il.

« Chapelet de scandales »

Au départ pourtant, la bataille était loin d’être gagnée. Certains de ses collègues l’accusaient de faire du populisme. « Mais ce qui nous a aidés, c’est qu’on a connu un chapelet de scandales dans l’industrie de la finance. » En mai 2012, le Parlement européen vote donc le plafonnement.

Les Britanniques pensent pouvoir retourner la situation au Conseil européen, entre ces gens sensés que sont les ministres de l’économie. C’était sans compter sur le fait qu’aucun politique ne veut aujourd’hui défendre publiquement les bonus des banquiers. Fin février, à sa grande surprise, George Osborne, le chancelier de l’Echiquier, se retrouve isolé et incapable d’empêcher la nouvelle règle.

Pour autant, M. Lamberts ne se présente pas comme un opposant des banquiers. « Je ne suis pas l’ennemi de la City, qui est utile à l’économie européenne, à condition qu’elle serve l’économie réelle. » Lui-même, qui travaillait jusqu’à son élection chez IBM et qui est fils de patron de PME, n’est pas allergique au secteur privé, au contraire. Mais il accuse les banques d’être devenues des « extractrices de rente », qui profitent d’être « trop grandes pour faire faillite ».

Au passage, il écorche le monde financier français : « Je vomis la clique de Bercy. » Il estime que le passage permanent des hauts dirigeants entre l’inspection des finances, les banques privées et le régulateur est malsain. Et il critique l’assaut des établissements français pour bloquer la séparation partielle entre banques de détails et d’investissement, actuellement discutée à Bruxelles. Il n’en a pas terminé avec la finance : sa victoire sur les bonus… l’a mis en appétit.

Le portrait dans le Monde a également servi de base à un reportage radio sur France Inter:

 

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Une réflexion au sujet de « L’ennemi n°1 de la City de Londres »

  1. Bravo et merci pour votre courage. Un peu de ménage dans d’autres pays s’avère nécessaire pour limiter ce hold-up gigantesque et permanent des banques contre les peuples.

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