Les Verts à l’épreuve du pouvoir en Europe – La Croix

L’écologiste allemand Winfried Kretschmann sera élu aujourd’hui ministre-président du Bade-Wurtemberg. Dans ce Land allemand vital pour l’économie européenne, il lui faut démontrer la capacité des Verts à gérer un État. Les écologistes européens n’ont pas toujours su relever ce défi

C’est un jour à marquer d’une pierre… verte. Aujourd’hui, le parlement du Bade-Wurtemberg doit élire un écologiste au poste de ministre-président : Winfried Kretschmann, 62 ans (lire son portrait p. 10). Dans le panthéon vert européen, son étoile rivalise déjà avec celle de Joschka Fischer, qui fut durant sept ans vice-chancelier et ministre des affaires étrangères de Gerhard Schröder. Car avec la présidence d’un État moteur de l’économie européenne, ayant pour compétence la police et l’éducation mais également l’environnement, la construction et l’aide sociale, le symbole est fort. Jamais en Europe les Verts n’ont mené aussi loin leur marche souvent chaotique vers le pouvoir.

Le plus souvent cantonnés à leurs domaines de prédilection – ministères de l’environnement, des transports –, « les Verts tiennent l’occasion de démontrer qu’ils sont assez crédibles pour gérer un État, b[dit le Belge Philippe Lamberts]b, député européen et co-porte-parole du Parti Vert européen. Nous espérons un effet d’entraînement. »

Mais l’état de grâce risque d’être bref. Fidèle au credo vert de la participation citoyenne, Winfried Kretschmann a promis l’organisation d’un référendum sur la poursuite du chantier très contesté de « Stuttgart 21 », la gare souterraine de la capitale du Land, aujourd’hui gelé. L’un des catalyseurs du vote vert de mars dernier. Mais il n’est pas sûr de gagner.

Priorités vertes d’un côté et nécessité du compromis pour gouverner de l’autre : c’est déjà le dilemme de Winfried Kretschmann. Un grand classique pour les Verts en Europe, qui les a souvent empêchés d’imposer une autre manière de concevoir la politique : soucieuse de l’environnement, mais aussi plus parlementaire, plus proche des citoyens et plus ouverte à l’immigration que celle des partis traditionnels.

En France, les Verts ne sont arrivés qu’une seule fois à la tête d’une région. Mais Marie-Christine Blandin s’était installée à la présidence du Nord-Pas-de-Calais, entre 1992 et 1998, parce que gauche et droite se paralysaient mutuellement. Elle n’a jamais disposé d’une majorité capable d’imposer ses choix. Au niveau national, de même, le rapport de force très défavorable aux écologistes les a cantonnés dans un rôle assez marginal lors de leur participation au gouvernement de la gauche plurielle, de 1997 à 2002. Gardant un goût amer de cette expérience, ils entendent négocier âprement avec le PS les conditions d’un accord de gouvernement pour 2012 et la possibilité d’avoir, enfin, un groupe politique autonome à l’Assemble après les législatives.

En République tchèque, après avoir longtemps fait figure d’extraterrestres sur la scène politique, les Verts ont fait élire six députés en 2006. Arbitres entre les communistes et les conservateurs de l’ODS, ils ont choisi les seconds, obtenant ainsi quatre postes ministériels. Mais ils ont dû accepter des compromis en matière de justice sociale et de défense. Résultat, trois députés ont claqué la porte du groupe.

Leurs homologues finlandais avaient su, quant à eux, faire preuve d’une constance qui a payé, du moins un temps. Premier parti Vert en Europe à entrer dans un gouvernement national, en 1995, renouvelant l’expérience quatre ans plus tard, ils démissionnent en 2002, refusant de cautionner la décision d’installer un réacteur nucléaire. Ils reviendront au pouvoir en 2007, après avoir vu leur score électoral progresser, et récupéreront deux ministères inhabituels : justice et travail. L’occasion pour eux d’imprimer un peu de la marque de fabrique Verte sur la vie de la cité : insistance sur le travail parlementaire, communication avec les citoyens par Internet. Preuve, cependant, que les électeurs exigent de la cohérence, ils ont enregistré des résultats décevants aux législatives d’avril, après avoir refusé l’été dernier de quitter le gouvernement malgré de nouveaux projets nucléaires – avortés depuis.

La stricte orthodoxie est cependant risquée. Après quatre ans au gouvernement, le parti belge Écolo a quitté le gouvernement en 2003, à quinze jours de la fin du mandat, pour un désaccord au sujet du survol nocturne de Bruxelles. Deux semaines plus tard, la défaite électorale a été violente. Depuis, la formation se contente de gouvernements locaux. « Nous avons réagi sans réfléchir à l’impact que notre démission pourrait avoir en période électorale, b[analyse Philippe Lamberts]b. Comment ne pas passer pour des gesticulateurs ? » La crédibilité a d’ailleurs souvent fait défaut aux Verts. « Il y a un manque de sens des négociations, du bras de fer, qui tient à des parcours atypiques, souvent réalisés dans la société civile », explique le député belge. Au final, soit les compromis sont inacceptables aux yeux de l’électorat, soit l’extrême rigueur les exclut de la scène.

Le cas allemand est un contre-exemple et un modèle. « L’expérience du gouvernement a consolidé les capacités du parti », écrit Anna Reynolds, conseillère d’un sénateur Vert australien, qui a étudié les expériences européennes. L’engagement allemand au Kosovo et en Afghanistan, poussé par Joschka Fischer malgré des dissensions dans son parti, a redoré le blason des Verts. Un acte fort dont ils se prévalent aujourd’hui. Idem pour l’accord avec l’industrie sur la sortie du nucléaire. Des acquis qui ont entamé la mue d’un parti de contestation en un parti de proposition. À Winfried Kretschmann de la poursuivre, pour convaincre que les Verts peuvent faire de la politique autrement.

Document LACRX00020110512e75c0001j
Monde
MEUNIER Marianne
954 words
12 May 2011
La Croix
LACRX
38969
French
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