Licenciement chez ING: il faut rouvrir le débat sur la réduction du temps de travail

Licenciement chez ING: il faut rouvrir le débat sur la réduction du temps de travail

Licenciement chez ING: il faut rouvrir le débat sur la réduction du temps de travail

Bruxelles, 4 Octobre 2016

L’annonce d’ING de supprimer 3.500 emplois a fait passer le nombre de licenciements collectifs à 9.000 depuis le début de l’année, ce qui nous rapproche de la barre symbolique à cinq chiffres. 

L’annonce est dans le fond et dans la forme brutale, d’autant que l’entreprise est bénéficiaire et a fait remonter ces dernières années plus de 7 milliards vers la maison mère aux Pays-Bas. Oui, la Belgique est un marché qui rapporte. Mais visiblement pas suffisamment pour le CEO d’ING qui vise des taux de rentabilité stratosphériques sur fonds propres de 12-14 %. Pour rappel, c’est ce type d’exigences qui nous a conduits aux folies de la crise de 2008 et est à l’origine de la décision de fermer Caterpillar à Gosselies.

Jusque 2015, ING était contrainte de ne pas octroyer des dividendes élevés parce que la banque avait bénéficié d’un plan de sauvetage comme beaucoup d’autres banques. Depuis lors, elle cherche à choyer ses actionnaires qui sont majoritairement anglo-saxons (même s’ils sont éclatés). Le mécanisme est pervers car la décision prise ce lundi stimule le rendement sur fonds propres sur lequel est justement indexée la rémunération des CEO. Bref, le dindon de la farce est le travailleur, le col blanc bac+5 qui est l’électeur-type des partis libéraux et conservateurs, ceux-là même qui forment le gouvernement fédéral plutôt impuissant face à une telle annonce.

Au cours des dernières heures, les analystes ont beaucoup évoqué la révolution numérique comme cause de ces licenciements. Il s’agit d’un phénomène indéniable et on ne peut nier que les innovations de type self-banking conduisent à la disparition des agences et de leur personnel. Mais, contrairement à ce qu’annoncent les techno-optimistes, il est peu probable que cette transformation crée de l’emploi dans ce secteur précisément ou plus globalement dans l’économie. D’ailleurs, la création de la plupart des applications bancaires que chacun utilise depuis son salon est externalisée en Inde, en Chine, au Vietnam, etc.

Voyons les choses en face : de plus en plus de gens sont des victimes du la digitalisation de l’économie. Ce phénomène autrefois limité aux secteurs industriels traditionnels, en particulier l’automobile, s’attaque désormais aux secteurs de services. Comme l’a montré Philippe Defeyt dans une note récente pour l’Institut du Développement Durable, même les pays les plus performants (sur le plan de l’emploi comme la Suède ou... l’Estonie) sous-utilisent la force de travail de la population à hauteur de 25 %. Ce chiffre captant les demandeurs d’emplois, les emplois à temps partiels, etc. En Belgique, ce gaspillage s’élève à 38 % ! 

Face à la robotisation et la digitalisation croissante, on court le risque que ce pourcentage augmente et avec lui, la probabilité de troubles sociaux et politiques dont pourraient bien se repaître les partis des extrêmes. L’annonce d’ING offre l’occasion de revenir sur ce sujet préoccupant en ce qu’il illustre cette fracture sociale. Ce nouveau drame social doit permettre de rouvrir le débat sur la réduction du temps de travail qui doit s’appliquer à l’ensemble des entreprises et pas seulement à celles en proie à des restructurations. Ce n’est que de cette manière que l’on s’attaquera, en conséquence, aux inégalités de revenus qui minent nos démocraties.

Enfin, il s’agit aussi de ne pas perdre de vue les risques qui pèsent sur une frange de la population, celle qui est du mauvais côté de la fracture numérique : si un rapport de 2014 du SPF Economie révèle que 58 % recourrait à l’e-banking, 20 % des ménages belges n’avaient pas internet à domicile ; un tiers d’entre eux justifiant cela par le manque de compétences et un quart par le coût perçu. A qui ces gens pourront-ils encore s’adresser si les agences à proximité disparaissent les unes après les autres ?

http://economie.fgov.be/fr/binaries/Barometre_de_la_societe_de_l_information_2014_tcm326-254860.pdf Retrouvez également le communiqué de presse d'Ecolo sur ce sujet: http://ecolo.be/?malgre-la-crise-ing-a-distribue-7-2

Image à la Une: Photo (C) Reporters

Close