Marché du Carbone: où est passée notre ambition?

Strasbourg, Mercredi 17 avril 2013, Coup de Gueule
 
Hier midi ont eu lieu deux votes d’importance en plénière; je reviendrai plus tard dans la journée sur le vote des nouvelles règles s’appliquant au secteur bancaire (« Bâle III ») mais ne peux m’empêcher d’exprimer mon indignation quant à l’autre, qui portait sur un renforcement du marché des droits d’émission de CO2 en Europe. En effet, c’est par une courte majorité (PPE, ECR, une partie des libéra…ux) de 334 voix contre 315 que le Parlement a rejeté la proposition de la Commission de reporter de trois ans la mise aux enchères de 900 millions de droits d’émission de CO2. Alors que tous – y compris les industriels – s’accordent pour dire que ce n’est qu’à partir d’un prix de 30-40€ la tonne de CO2 émise que les investissements de réduction des émissions sont économiquement rentables, en raison de la crise économique et surtout d’une distribution irresponsable de quotas gratuits au grands industriels – dont ArcelorMittal qui en est le tout premier bénéficiaire – le prix actuel du CO2 se traîne en dessous de 5€ la tonne. D’où la proposition de la Commission, qui vise à réduire l’offre pour faire remonter les prix. Las, une majorité de climato-irresponsables a fait capoter – pour l’instant – le projet. Les marchés ne s’y sont pas trompés : le prix déjà déprimé de la tonne de CO2 a perdu 40% hier après le vote, se retrouvant autour de 3€. Je ne peux m’empêcher de faire le lien avec une discussion récente avec des responsables d’ArcelorMittal, qui, questionnés par nous sur les perspectives d’avenir de leur secteur, pointait le déploiement massif d’éoliennes, pour regretter aussitôt que la déprime du marché du CO2 retardait ou gelait les investissements en ce domaine. Mais dans la même conversation, ils répétaient l’opposition de leur firme à tout renforcement du marché du carbone! C’est le même genre de message que toutes les fédérations patronales ont martelé en vue du vote. En substance, dans le meilleur des cas, ils reconnaissent que oui, l’écologie est peut-être l’avenir de l’économie, mais qu’en attendant l’avenir, il faut préserver le présent et donc remettre l’avenir… à plus tard. En attendant, la province Chinoise du Guangdong (Canton), pionnière de toutes les innovations politiques en Chine, a mis en place son marché de droits d’émission de CO2… Pendant que l’industrie européenne décide de mettre la tête dans le sable, il y en a qui décident que l’avenir, c’est maintenant! Où est notre ambition?
 
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