« Notre vision ne se résume pas à sauver les petits oiseaux »

Mercredi 3 Juin 2009

 

[Article publié dans la Libre Belgique, le 2 juin 2009, pendant la campagne pour les élections européennes]

 

En campagne (2/5) avec Philippe Lamberts. Deuxième sur la liste Ecolo, il a les arguments pour rendre les verts plus crédibles économiquement.ReportageVous la sentez comment, vous, la campagne européenne ?  » Philippe Lamberts prend régulièrement le pouls. Morose et régionale, aurait-on tendance à répondre. Mais lui, loin des combats de boxe médiatisés entre dirigeants de parti, la sent bien, sa campagne. « L’aime bien », même. La demi-teinte n’est pas son genre.

« Je vois un sursaut citoyen, une avidité de débattre des enjeux de société. » Les sondages ne lui donnent pas tort au demeurant : 54 % des Belges se disent (très) intéressés par ce scrutin européen, bien plus que la moyenne continentale (46 %). Réchauffement climatique, crise bancaire et financière, c’est que les défis attendent toujours d’être relevés. « L’Europe est le niveau le plus pertinent », et « Ecolo un choix rationnel, même sur le plan économique », assure-t-il. « Notre vision ne se résume pas à sauver la planète et les petits oiseaux. » Dans les rangs verts depuis 1991, l’homme tient bien son sujet. Il a un petit côté ovni, ce candidat, en deuxième place sur la liste écologiste : ingénieur civil, il travaille chez IBM comme directeur commercial pour les clients des secteurs automobile et aéronautique du sud-ouest de l’Europe. Et se plaît à noter que le « seul candidat en ordre utile venant de l’économie marchande figure sur la liste Ecolo ».

Cet Ecolo-là, on ne le verra pas sur les marchés. On le rencontre en privé, entre amis, voisins et connaissances, pour débattre et argumenter, discuter et se disputer, autour d’un verre, de biscuits apéro et de sandwiches. Il a mobilisé son réseau et ses collègues pour qu’ils organisent chez eux des « soirées citoyennes », deux heures et demie de joute verbale, souvent bien plus. « Ce qui me motive, c’est le débat public. » Cela tombe bien, ce soir-là, chez Charles et Josette à Uccle, entre banquiers et médecins, Philippe Lamberts va être servi.

« Dégoûté » par une classe politique « discréditée », Alain est venu « pour (son) hygiène mentale : j’ai besoin de trouver quelqu’un qui me reconnecte avec certaines valeurs ». Michel, lui, a surtout besoin d’arguments : il « vote Ecolo depuis 22 ans », mais « n’a aucune raison » pour l’expliquer, si ce n’est par son aversion pour les autres partis. Barbara aussi attend qu’on lui « raconte des choses intéressantes », elle qui se rend pour la première fois aux urnes. Bleu dans l’âme, Frédéric, lui, se laisserait déjà bien séduire, s’il ne craignait que le vert ne cache surtout du rouge. Jean, en revanche, n’a aucune envie d’être séduit, il se montre surtout soucieux de renvoyer à leurs chères études les élus qui ne tiennent pas leurs promesses. Mais Corinne, elle, entend d’abord savoir si, comme le journaliste Jean-Claude Defossé, Philippe Lamberts se présente sur les deux listes, régionale et européenne. Ethique en politique, cumul des mandats, ces questions ont la cote ces dernières semaines. « Non », coupe l’Ecolo, une liste, une seule pour lui : l’européenne. Et « on n’a pas besoin de Defossé pour gagner ». Il avait prévenu, « je vous répondrai sans langue de bois, et si vous pensez qu’il y en a, bottez-moi les fesses ». Son but est clair : devenir eurodéputé. « J’ai la conviction qu’il y a des choses à faire, je n’y vais pas pour gagner mieux ma vie. Si je le deviens, je perds 1 000 euros par mois et ma voiture de société. » Un ovni, on vous l’avait dit.

Ce soir, « je n’ai pas la prétention de tous vous convaincre », avertit le candidat. Mais, prêt à vendre sa révolution verte pour « éviter le mur très gros sur lequel on se dirige à grande vitesse », il va quand même y mettre toute sa détermination. Son « green new deal », c’est « investir » dans les technologies, les infrastructures, l’éducation, la formation et la recherche – là, tout le monde est d’accord. Mais aussi « réguler » – le gros mot est lâché. « Je vais choquer les libéraux parmi vous, mais limiter la conduite à 120 km/h sur l’autoroute, cela marche avec des policiers et des amendes, pas grâce à la main invisible du conducteur », paraphrase-t-il. Et puis, tant qu’à choquer : « Un PIB en croissance n’est pas synonyme de bien-être, la preuve : un accident ou un cancer du sein l’augmente. » Les yeux s’écarquillent. Oui, enfin, « pas trop de règles non plus », marmonne Jean, parce que Reach par exemple, la directive européenne relative à l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques, « vous avez vu ce que ça coûte aux entreprises ? » Eh bien, « c’est le prix à payer pour ne plus avoir de produits toxiques. Manger de la merde, cela ne coûte rien », répond l’Ecolo. Le ton est donné. Le plat de sandwiches passe de mains en mains.

Philippe Lamberts parle de ses rêves de mixité à l’école, comme celle de ses enfants à Anderlecht. Il partage son envie de voir José Manuel Barroso « dégager », évoque une sécurité sociale qu’il aimerait « émancipatrice », les « mensonges de Monsanto » sur les OGM ou la sortie du nucléaire. « Il n’y aura plus d’uranium dans 70 ans. Donc, la question n’est pas si on va en sortir, mais quand et comment. » Jean n’en croit pas un mot : c’est du « blabla ». L’Ecolo n’essaie plus de le convaincre : « Je reste dans le registre du rationnel. » Philippe Lamberts passe par tous les stades, professoral et exalté, emporté et convaincu. Convaincant ? « Bof, on verra », dit Denis. Mais Frédéric, le bleu, a « apprécié le discours ». Le MR a un « électorat vacillant », constate le candidat, et c’est sur ce terrain-là, en dehors des sentiers verts battus, qu’il décoche ses arguments.

Philippe Lamberts a pris la tête du Parti vert européen en 2006, « plus qu’un « babbelkot » : une pièce essentielle au dispositif » pour doper l’écologie sur le continent. Mais il a gardé son activité professionnelle. « Je voulais arriver avec un bagage, une expérience. » Il se voyait bien franchir le cap de la politique à temps plein à 50 ans mais, comme « vous n’êtes pas seul à déterminer votre destinée », il prend quatre ans d’avance. La tête de liste lui a échappé de peu, d’une voix favorable à Isabelle Durant – ces deux-là ne s’adorent pas. Mais les sondages le dopent et il n’imagine pas vraiment – trop dure serait la chute – rater le coche du Caprice des Dieux. Si possible entouré de nombreux verts européens. En France, « les meetings marchent du tonnerre ! ». Mais l’Italie, l’Espagne ou la Pologne manquent « d’offre verte crédible ». « En 2014, nous ne devons plus avoir aucun trou dans notre raquette. » La détermination n’est pas ce qui lui manque.

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