Partisans d’une autre voie

Le Quotidien, 23 Février 2012

Des voix s’élèvent contre la sévérité des mesures imposées à la Grèce en échange d’une aide européenne. Pour elles, il y a d’autres solutions.
La Zone euro a adopté mardi un nouveau plan de sauvetage pour éviter une faillite de la Grèce. En échange, elle a réclamé du gouvernement grec des mesures drastiques qui mettent à genou, chaque jour un peu plus, un peuple à bout de nerfs. Mais alors que les Merkel, Sarkozy et Juncker ont défendu l’austérité comme principale voie de guérison pour la Grèce, d’aucuns se sont émus du traitement réservé à ce pays et veulent démontrer qu’il y a d’autres remèdes.

C’est le 15 février dernier, lors d’un débat au Parlement européen, à Strasbourg, que le vent de fronde a soufflé. Avec cette sortie mémorable de l’eurodéputé vert franco-allemand Daniel Cohn-Bendit qualifiant la troïka (Union européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne) de «talibans néolibéraux». En ligne de mire, des mesures «criminelles», selon lui, imposées à la Grèce comme la baisse du salaire minimum ou des pensions.

Le porte-parole des Verts au Parlement européen pour les affaires économiques, Philippe Lamberts, approuve. «Avant d’être un drame économique, c’est un drame humain et une catastrophe pour la démocratie», s’émeut l’eurodéputé belge. Pour lui, la cure d’austérité imposée à la Grèce est de plus inefficace: «On se rend compte qu’au lieu de baisser la dette du pays, elle l’augmente.» Une position partagée jusque dans les milieux économiques. Le prix Nobel américain Paul Krugman, par exemple, ne cesse d’affirmer que «l’austérité en temps de dépression est une mauvaise idée».

Goebbels à la tête d’une «troïka alternative»

Même dans les rangs conservateurs, on prend ses distances avec cette thérapie de choc. Pour la première fois, en la personne du président du Conseil italien, Mario Monti, un chef de gouvernement européen s’en est désolidarisé publiquement, la semaine dernière: «La rigueur peut-être excessive est une sorte de compensation, peut-être trop forte, du passé.»

Cette forme de «résistance» à l’austérité est en train de s’organiser. La semaine prochaine, une «troïka alternative», née au sein du groupe des socialistes européens, va se rendre en Grèce. Elle sera menée par l’eurodéputé luxembourgeois Robert Goebbels. Le but sera d’«évaluer ce que l’on peut faire maintenant pour relancer l’économie» grecque, explique-t-il, car le plan de sauvetage a «totalement oublié» de prendre en compte cet aspect-là. Avec deux autres anciens ministres, la Portugaise Elisa Ferreira et le Bulgare Ivaïlo Kalfin, Goebbels doit rencontrer «des membres du gouvernement, des deux principaux partis (NDLR : Pasok, gauche, et Nouvelle Démocratie, droite), des syndicats, du milieu économique et de certains « think tanks »».

De plus en plus, l’idée d’un «plan Marshall» européen à l’adresse des pays dits de la «périphérie» de l’UE, soit essentiellement ceux du Sud et de l’Est, revient sur la table. «Voilà la principale pièce de l’équation qui manque, juge ainsi Philippe Lamberts: Un vrai plan Marshall qui permet de stimuler l’investissement et donc d’avoir un effet d’entraînement sur l’investissement domestique dans ces différents pays.» À l’échelle grecque, cela donnerait, selon Robert Goebbels, «un plan pour créer des emplois, sortir le pays de la récession et le mettre à même de rembourser les dettes qu’il a contractées».

S’il paraît impossible de passer outre l’austérité, tous pensent qu’elle peut être diluée dans un paquet de réformes permettant de soulager la population grecque. Lutte contre l’évasion fiscale, allégement des dépenses militaires, mise en place d’un système d’imposition en état de fonctionnement, annulation plus substantielle d’une partie de la dette, relance des investissements et responsabilisation de la classe politique «championne du monde» du clientélisme selon Philippe Lamberts. Le Belge se fait l’un des défenseurs de cette voie à suivre. «Il faudra sans doute une génération pour mettre la Grèce sur le bon chemin. Et ça, ça ne se résout pas que par des coupes budgétaires, il faut beaucoup plus que cela», justifie-t-il.

Journaliste Bertrand Slézak

http://www.lequotidien.lu/politique-et-societe/32181.html

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