Préparons-nous à la post-croissance !

Préparons-nous à la post-croissance !

Préparons-nous à la post-croissance !

Fin 2015, nous étions plusieurs eurodéputés verts à avoir joint nos forces et nos finances pour lancer un appel à projets dans la perspective de réaliser une étude sur les implications de la post-croissance. Le terme post-croissance fut retenu pour insister sur le fait que nous ne prenions pas parti ex ante en faveur ou contre la croissance : l'important n'est pas de savoir si elle sera positive ou négative - ce qui peut conduire à un débat idéologique proche d'un dialogue de sourds - mais plutôt si le système économique, une fois réformé, sera compatibles avec les limites biophysiques de la Planète et contribuera à résorber les inégalités.

Une équipe de chercheurs liés à l’Université autonome de Barcelone fut sélectionnée et a passé l’année 2016 a produire cette étude.

Il leur fut demandé d’identifier la manière dont la croissance économique, les créations d’emploi et la demande énergétique interagissaient. Un second objectif consistait à mettre au point un modèle macroéconométrique vert nous permettant d’évaluer les effets de politiques que les Ecologistes préconisent. Le modèle se démarque des modèles utilisés par les institutions comme la Commission européenne ou le Bureau fédéral du Plan dans la mesure où la croissance dérive principalement de la demande plutôt que de l’offre et qu’il prend en compte les limites en matière de ressources, en particulier l’énergie. Aussi, notre étude qui est la première du type à aborder de manière aussi large la question de la transition écologique tranche avec les modèles habituels en ce qu’une partie conséquente détaille la manière dont notre modèle fut mis au point, les hypothèses sur lesquelles il se fonde, etc. Ce n’est donc pas une boîte noire car nous avons voulu encourager les personnes intéressées à le critiquer et proposer des améliorations.

L’étude fait ressortir plusieurs résultats intéressants.

  1. Les gains en termes d’efficacité énergétique que l’on observe (en Europe) sont essentiellement dus à la modification de la structure économique de nos pays (tertiarisation, délocalisations). Si ces mutations économiques ne s’étaient pas produites, alors l’intensité énergétique serait actuellement supérieure de 20 %, voire 65 % dans certains pays...
  2. Une mesure alternative de l’intensité énergétique revient à rapporter l’énergie consommée par heure de travail prestée. Dans 10 pays européens, ce taux ne s’est pas amélioré. Dans les autres où ce taux a bien évolué, le volume de travail a augmenté plus que proportionnellement dans 6 pays si bien que, in fine, ceux-ci sont plus énergivores. Autrement dit, dans l’ensemble, l’UE a besoin de toujours plus d’énergie qu’elle importe essentiellement de pays qui, hormis la Norvège, ne partagent pas nos valeurs d’Etat de droit, de respect des droits humains, de démocratie (Arabie Saoudite, Nigeria, Russie, Qatar...). En termes de flux monétaires, cette dépendance représente aujourd’hui un transfert quotidien d’un milliard d’euros vers nos fournisseurs énergétiques.
  3. D’ici 2050, Le PIB augmenterait selon le modèle a un rythme largement plus lent que ce que prévoit l’OCDE.
  4. La croissance sera freinée en raison d’un nombre croissant de chômeurs évincés du marché du travail. Des mesures de réduction du temps de travail peuvent réduire ce ralentissement.
  5. Si une taxe énergétique est introduite et que les recettes fiscales générées subsidient la production de renouvelables, cela réduira la facture énergétique des ménages. Et au niveau macro, la taxe énergétique aura pour effet de rendre l’emploi des travailleurs plus attractifs par rapport aux machines et robots qui les remplacent.
  6. Une combinaison de ces deux mesures, réduction du temps de travail et taxe énergétique peuvent réduire le chômage fortement les premières années et le déficit public, ce qui n’est pas négligeable étant donné le carcan budgétaire européen et le coût du vieillissement de la population pour la Sécurité sociale.

A l’heure actuelle, le modèle est calibré sur la France parce que les données disponibles ne permettaient pas de couvrir l’ensemble de l’UE. De futurs travaux devront affiner les paramètres pris en compte de manière à rendre les résultats plus robustes encore.

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