Quand s'arrêteront les "nein" de Merkel? Coup de gueule

Quand s'arrêteront les "nein" de Merkel? Coup de gueule

Quand s’arrêteront les « nein » de Merkel? Coup de gueule

Cette semaine, une nouvelle passée presqu'inaperçue a confirmé les doutes exprimés par certains - dont moi-même - quant à la volonté réelle du Conseil Européen (c’est-à-dire les gouvernements européens) de prendre les mesures décisives pour mettre fin à la crise de la zone Euro.

Il est de notoriété publique que l'Allemagne refuse toute forme de mutualisation des dettes nationales : "nein" aux Eurobonds (obligations communes à moyen terme), "nein" aux Eurobills (obligations communes à court terme), "nein" enfin à un fonds commun d'amortissement ou de rédemption des dettes du passé. Angela Merkel est allée jusqu'à dire que l'on ne verrait pas de mutualisation de son vivant ! La timide tentative d'Herman Van Rompuy, président du Conseil Européen, de mettre en place un budget commun de la zone Euro, comme (très modeste) instrument d'investissement public « contra-cyclique » (c’est-à-dire, de soutien à la croissance en temps de crise) s'est à nouveau heurtée, en décembre dernier, à un refus catégorique de Mme Merkel. Tout au plus est-elle prête à concéder un budget de 10 à 15 milliards d'Euro soit un millième du produit intérieur brut européen et encore, pas tant que la crise n'est pas finie ! Toujours en décembre, le Conseil Européen a confirmé sa décision de principe prise en juin de mettre en place une supervision bancaire commune à la zone Euro, ouverte aux autres Etats-membres, préalable indispensable à une recapitalisation directe des banques en difficulté par le fonds européen de secours, le fameux Mécanisme Européen de Stabilité (MES). On l'a vu en Irlande et en Espagne, des Etats initialement peu endettés peuvent se retrouver très rapidement, s'ils sont obligés de recapitaliser leurs banques, en situation de surendettement. Transférer la charge au MES constitue donc une mutualisation de l'effort qui rompt le lien entre endettement bancaire et endettement public.

Dès les jours qui ont suivi le sommet de juin et au fil de l'été, l'Allemagne et ses alliés habituels (Finlande, Pays-Bas) avaient tempéré l'enthousiasme, en déclarant que toute recapitalisation directe de banques par le MES ne pourrait avoir lieu qu'une fois la supervision commune mise en place (pas avant 2014) et que de toute façon, l'option ne serait disponible qu'en vue de problèmes futurs, pas pour résoudre ceux du passé. En d'autres termes, l'Irlande et l'Espagne resteraient seules face au prix de l'éclatement de leurs bulles immobilières.

Et lundi dernier, une fuite du Financial Times révélait que même à l'avenir, il n'y aurait pas de véritable mutualisation de l'effort : en effet, si le MES devait être appelé à recapitaliser directement des banques, l'Etat-Membre concerné resterait de toute manière obligé de couvrir toute perte éventuelle assumée par le MES. Autrement dit, OK pour avancer l'argent à un Etat-Membre, mais à la fin du compte, cela ne peut rien coûter aux autres.

Voilà donc confirmé le fait qu'il n'est pas question de mettre en place la moindre solidarité financière entre les Etats-Membres de la zone euro. Et sans cette solidarité, il n'y aura pas de solution à la crise. J'entends encore, venus d'Allemagne, les lamentations de la presse dite "populaire" et de politiciens populistes affirmer virilement que c'en est assez de donner de l'argent aux fainéants du sud de l'Europe. C'est évidemment un mensonge : jusqu'ici l'Allemagne - et nous tous - avons prêté de l'argent à la Grèce, au Portugal et à l'Irlande, en faisant au passage un profit sur les taux d'intérêts. Plus encore, grâce à la crise, les taux d'intérêts auxquels l'Allemagne, la France, la Belgique... réputés "sûrs" empruntent sont anormalement bas, voire simplement négatifs. Comme le souligne l'excellent papier de l'économiste italien Paolo Manasse (http://www.voxeu.org/article/eurozone-crisis-it-ain-t-over-yet) l'accalmie actuelle sur les marchés de la dette publique n'est en rien un signe que la crise est résolue : tant que ne seront pas mis en route une union budgétaire, une union fiscale et une union bancaire et donc une union politique la crise de l'Euro ne sera pas résolue.

Close