Quelles leçons tirer des résultats italiens?

Quelles leçons tirer des résultats italiens?

Quelles leçons tirer des résultats italiens?

1. Contrairement à celles et ceux qui avaient vu dans l'élection d'Emmanuel Macron un coup d'arrêt à la vague national-populiste en Europe, le scrutin italien a vu la victoire des partis perçus comme "anti-establishment". Est-ce surprenant dans un pays où 30% de la population est en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale et 35% des jeunes sont sans emploi, un pays abandonné par les autres États-membres de l'Union face au défi migratoire? Quoi que l'on puisse penser de la classe politique italienne, la majorité des décideurs politiques européens ont leur part de responsabilité dans l'évolution du paysage politique dans la péninsule, en persistant à imposer un ensemble de politiques d'inspiration néo-libérale, en s'arc-boutant sur une architecture de l'union monétaire défavorable à des pays comme l'Italie et en refusant un réel partage des efforts liés à l'accueil et à l'intégration des migrants.

2. Nous avions été choqués par le retour en grâce de Silvio Berlusconi, reçu au sein de la droite dite "modérée" – le Parti Populaire Européen (PPE) – malgré ses condamnations pour corruption et fraude fiscale. Outre cette indignité, il n'a pas hésité à s'allier à des partis ouvertement national-populistes – la Lega Nord et le Fratelli d'Italia – dont le fond de commerce est de désigner l'Union Européenne et les migrants comme source de tous les maux de l'Italie. On retrouve là un schéma déjà observé en maints États-Membres : non contents d'intégrer les thèmes des partis de la droite la plus dure dans leurs propres programmes, plusieurs partis-membres du PPE n'ont aucune vergogne à s'allier avec eux, avant les élections ou même pour gouverner. Si pareille alliance en Autriche avait suscité une levée de boucliers en 2000, ce n'est plus le cas aujourd'hui.

3. Le succès du Mouvement 5 Etoiles (M5S) nous laisse des sentiments mélangés. Il est un fait que ce mouvement porte un certain nombre de thématiques – notamment sur la justice sociale et sur la défense de l'environnement – que l'écologie politique a faites siennes depuis qu'elle existe. De ce point de vue, il nous semble réjouissant que 32% des électeurs et électrices insatisfaites des partis traditionnels aient porté leur suffrage sur le M5S face aux 22% récoltés par les national-populistes de droite. Toutefois, nul ne peut ignorer le fait qu'à la fois sur l'Europe et sur la migration, ce parti ait adopté un langage et des positions qui le rapproche de ces derniers. Et la démocratie directe dont le M5S se prévaut nous semble plutôt un paravent derrière lequel se cache un fonctionnement plutôt autoritaire.

4. L'effondrement de la bulle Renzi – le "Macron italien" – reflète un phénomène désormais général en Europe : lorsque la social-démocratie (ou ceux qui s'en réclament) perd la boussole de la justice sociale pour adopter la doxa de la pensée unique néolibérale, elle perd. Il ne suffit pas de savoir battre les estrades et faire le jeune premier sur la photo pour convaincre.

Mais, me direz-vous, où étaient les Verts dans ce contexte? Si la critique est aisée, l'art est difficile et il me peine de constater que les Verts italiens ne se sont jamais vraiment relevés de leur participation controversée aux gouvernements Amato et Prodi dans les années 2000. La reconstruction d'une expression convaincante et désirable de l'écologie politique en Italie demeure un objectif de première importance pour nous mais un chantier où presque tout reste encore à faire.

Quant à savoir quelle coalition gouvernera l'Italie, bien malin qui peut le dire à ce stade. Cinq scénarios peuvent être évoqués :

1. L'alliance des populistes, qui verrait le M5S s'allier à la Lega et aux Fratelli. Les uns et les autres ont rejeté cette option mais il faut voir si la lecture des résultats les amènerait à reconsidérer leur point de vue. Leur détestation du "système" sera-t-elle un ciment suffisant pour leur permettre de gouverner ensemble?

2. Un gouvernement centré sur l'alliance de droite (Berlusconi-Salvini (Lega)-Meloni (FdI)). Cela supposerait que Berlusconi soit capable de débaucher suffisamment d'élus d'autres formations, comme celle d'Emma Bonino, ce qui semble improbable, vu la perfomance insuffisante de l'alliance.

3. Une alliance entre le M5S et le PD, d'où Matteo Renzi aurait été débarqué. Cela supposerait que le M5S adopte une posture plus gouvernementale que protestataire et que le PD ait le courage d'entrer dans pareil gouvernement comme "junior partner" plutôt que de se refaire une santé dans l'opposition.

4. Une alliance entre la droite/extrême droite et le PD, sur le modèle de la "grande" coalition en vigueur dans tant d'États-Membres. La différence avec le cas allemand est bien sûr que le pôle de droite est dominé par l'extrême droite, ce qui rendrait la chose difficilement acceptable pour le PD.

5. Un gouvernement de transition chargé de gérer les affaires courantes et d'obtenir une révision de la loi électorale, dans l'espoir qu'un nouveau scrutin donne un résultat plus susceptible de donner une assise à une coalition stable et cohérente.

Une chose est sûre : l'actuel premier ministre Gentiloni n'est pas près de faire ses valises.

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