Réacteur ITER : une gestion calamiteuse

Mauvaise gestion et refus -idéologique?- de toute alternative : ITER moins légitime que jamais

 

L’Union européenne (UE) cofinance à hauteur de 45,46% la construction d’un réacteur expérimental à fusion thermonucléaire, dit « ITER », à Cadarache en France. Ce projet réunit 7 partenaires : l’UE, les Etats-Unis, la Russie, la Coréee du Sud, le Japon, la Chine et l’Inde. On entend relativement peu parler de ce projet dans les médias, et quand c’est le cas, c’est pour vanter les avancées technologiques et scientifiques qu’il représente. Or, avant même de débattre de la faisabilité technique de ce projet de fusion nucléaire, un point essentiel semble échapper aux partisans d’ITER : l’explosion de son budget total, et en particulier la contribution des Européens à celui-ci. La part à payer pour les européens est passée de 2,7 à 7,2 milliards d’euros, pour un coût global de plus de 15 milliards. Ces coûts sont tout simplement hors de contrôle puisqu’ils ont triplé depuis les premiers accords sur le projet en 2001 ! Rien que pour 2010-2013, il faudra 1,4 milliard d’euros de plus que ce qui était prévu initialement. Face a ce dépassement de budget colossal, toutes les options ont-elles été envisagées, et le processus de décision s’est-t-il déroulé de manière pertinente ? Il faut croire que non.
Transparence et débat laissés au placard
Le 12 juillet 2010, le Conseil de l’Union européenne pourtant alerté et conscient des énormes risques financiers, a coupé court à tout débat en adoptant ses conclusions, positives, sur ITER. Le Conseil, c’est-à-dire les gouvernements des Etats-Membres de l’UE, a donc choisi de défendre le projet envers et contre tout, et ceci sans discussion avec les citoyens européens, pas plus qu’avec le Parlement européen.Aux Etats-Unis, tout dépassement de budget de 25% impose remise à plat. Dans une firme privée, une telle fausse route provoque le départ des responsables et la remise en cause du projet. Dans notre cas, le Conseil se contente de soutenir le monstre qu’il a créé en annonçant que l’argent sera trouvé. Mais où ?

Les paysans et les chercheurs européens vont payer ITER
. La Commission propose tout simplement de ponctionner le budget agricole de 400 millions d’euros, le budget recherche de 460 millions, l’origine des 560 millions restants est encore un mystère.Ainsi, elle accepte de mettre en péril d’autres projets de grande taille (tel que l’emblématique système de satellites européen Galileo). Si l’on pioche dans le 7ème programme cadre de l’Union européenne, d’autres projets scientifiques vont subir des coupes budgétaires. L’UE sera privée de leadership pour d’autres technologies majeures. Même le Prix Nobel de physique Georges Charpak, pourtant grand défenseur de l’énergie nucléaire, a appelé à l’abandon d’ITER, « ce réacteur hors de prix et inutilisable ».

Inutile de préciser qu’en plus, les 15 milliards de budget mentionnés ci-dessus ne couvrent que la construction du réacteur. Combien faudra-t-il encore pour la mise en route du réacteur, son entretien, les salaires des techniciens et chercheurs,…? Tout cet argent, s’il était investi ailleurs, pourrait financer quelques 10 000 chercheurs européens pendant 10 ans : d’autres thèmes méritant toute l’attention du monde scientifique (changements démographiques, amélioration de la qualité de vie, réchauffement climatique, efficacité énergétique et des ressources…).

Quand la mauvaise gestion rencontre l’idéologie nucléariste
La fusion nucléaire est une vieille lune : dans les années 50, les physiciens se donnaient vingt ans pour maitriser la fusion thermo-nucléaire. Aujourd’hui, le projet de réacteur à Cadarache, en France, sera opérationnel au plus tôt en 2026. Mais attention, il s’agit d’un réacteur dédié strictement à la recherche. Il ne produira pas d’énergie commerciale. Un autre réacteur devra pour cela être construit à l’horizon 2050… Or les solutions au changement climatique réclament une action beaucoup plus précoce, évidemment.Finalement, on oublie trop souvent que 100% d’énergie renouvelables à 2050, c’est possible, si on s’en donne les moyens. A cet égard, on peut lire avec profit le rapport Re-tinking 2050 du Conseil européen des Energies renouvelables ou l’étude « 100% d’énergie renouvelable » publiée par un célèbre cabinet de consultants, ci-jointes

100 percent renewable electricity – Rapport du cabinet de consultants PriceWaterHouseCoopers.pdf (2.22 Mo)

Rapport ReThinking 2050.pdf (7.64 Mo)

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