Réforme de la PAC pour 2013 : croissance verte ou nouvelle donne écologique ?

Réforme de la PAC pour 2013 : croissance verte ou nouvelle donne écologique ?

Réforme de la PAC pour 2013 : croissance verte ou nouvelle donne écologique ?

Cinq objectifs pour une nouvelle PAC, selon José Bové

Nourrir les 500 millions d’Européens

La PAC de demain devra garantir à tous les citoyens une nourriture saine et en quantité suffisante. Installés au coeur des territoires, seuls des paysans nombreux peuvent subvenir à ce besoin. L’Union européenne doit encourager leur installation et une production variée, calée sur le rythme des saisons. Les circuits courts de distribution permettront de favoriser une agriculture de proximité. Qui dit qualité dit bien sûr moins de pesticides et plus d’agriculture biologique. Pour les écologistes, l’interdiction des hormones et des organismes génétiquement modifiés, dans nos champs et notre alimentation, est une priorité absolue. La PAC nouvelle doit accompagner les progrès d’une santé publique qui lutte contre l’obésité et les maladies cardio-vasculaires. Elle devra établir des règles d’hygiène adaptées à la taille des marchés et à la demande des consommateurs.

Assurer le revenu des paysans

Le métier de paysans est en voie de disparition. La réforme de la PAC doit permettre de renverser la tendance et assurer le revenu des producteurs dans l’ensemble de nos territoires.

Pour cela, la PAC doit se doter de nouveaux outils pour réguler l’offre et l’adapter à la demande. Elle doit également permettre de lutter contre la spéculation et faire respecter l’interdiction de la vente à perte. D’où la création d’un observatoire européen des prix grâce auquel les organisations de producteurs et de consommateurs pourront connaître le prix rémunérateur – le juste prix – d’un produit. Cette évolution est indispensable pour encourager les paysans à se regrouper afin de négocier avec les industries de la transformation et de la distribution. Du champ à l’assiette, la chaîne alimentaire doit être plus transparente. Les agriculteurs ont tout à y gagner.

Pour garantir leur revenu, la PAC assussera aux paysans un soutien financier en fonction de critères et services sociaux (emploi), environnementaux (préservation et régénération des ressources naturelles) et territoriaux (handicaps naturels).

 

Un commerce équitable

La PAC doit protéger les paysans partout et promouvoir la souveraineté alimentaire. Une agriculture durable, ça commence dans l’échange, la coopération, pas la compétition. Il n’est pas trop tard : l’Union européenne peut réorienter sa politique et arrêter ses propres pratiques de dumping économique, social et environnemental. Elle doit conquérir son autonomie et ne plus importer des dizaines de millions de tonnes de graines de soja et autres protéines qui alimentent l’élevage industriel d’animaux, quand elle a les capacités de produire elle-même cette nourriture.

L’UE importe des produits agricoles en provenance des pays pauvres. Elle devrait donc les aider activement à accroître la valeur ajoutée de leurs produits agricoles et à adhérer progressivement aux normes de l’UE, sans leur imposer de restrictions déloyales à l’importation. Dans le cadre du marché mondial, les Etats-membres peuvent lutter contre la spéculation sur les denrées alimentaires en jouant un rôle de premier plan dans l’élaboration d’un nouveau cadre international. Cela permettra de lutter contre l’accaparement des terres qui menace la sécurité alimentaire locale et déplace les populations dans de nombreux pays.

 

Protéger les ressources naturelles

L’autre enjeu de la réforme de la PAC est de transmettre aux générations futures des fermes et des campagnes viables. Pour atteindre cet objectif, l’Union européenne doit prendre soin de son eau, de son air et de ses terres et faire de l’écologie un choix du quotidien. Il s’agit de porter une attention particulière à la fertilité des sols, à la lutte contre leur érosion et leur pollution. En limitant le nombre d’animaux élevés sur un hectare de terrain, on peut réduire la contamination des nappes souterraines par le lisier. En supprimant les aides publiques aux élevages hors-sol, on incitera à des modes de productions moins intensifs. En appliquant le principe « pollueur = payeur », la PAC peut être un levier puissant pour soutenir les modes de production respectueux de l’environnement.

Le financement public de la recherche doit être réorienté vers les pratiques durables. Il faut aider les agriculteurs à abandonner le pétrole en faveur de l’énergie solaire. Réduire les déchets, économiser l’énergie, lutter contre le gaspillage : nous pouvons changer nos pratiques pour prendre en compte les défis du changement climatique. Protéger les ressources naturelles, c’est aussi lutter contre la privatisation du vivant : l’UE doit défendre le droit des paysans à développer et échanger leurs semences et les races animales.

 

En cohésion avec les territoires

Pour encourager l’installation de nouveaux exploitants, la PAC réformée doit donner les outils pour lutter contre la spéculation foncière et avoir une gestion locale et collective du territoire. Des aides spécifiques doivent être pensées pour les paysans des régions où l’agriculture et l’élevage sont plus difficiles. L’Union européenne doit inclure les collectivités territoriales dans ce processus. Elles ont un rôle à jouer dans l’application des politiques agricoles et dans l’animation et la vitalité de ces terroirs.

 

Pau, Pyrénées Atlantiques, France, 2010

Qu’est-ce que la souveraineté alimentaire ?

Ce concept a été lancé en 1996, lors du Sommet de l’alimentation de Rome, par le réseau paysan mondial Via campesina. Il désigne le droit des populations et de leur Etat ou union d’Etats, à définir démocratiquement leur propre politique agricole et alimentaire – sans nuire aux autres populations et aux autres pays. Il implique une production agricole locale, des prix liés aux coûts de production, l’accès des paysans à la terre, à l’eau, aux semences et au crédit… Les Etats sont souverains et peuvent se protéger des importations agricoles et alimentaires à trop bas prix, en les taxant par exemple. Cette souveraineté permet le déploiement de l’agriculture paysanne qui assure une forme d’autonomie aux agriculteurs, dynamise la vitalité des territoires, protège et renouvelle les ressources naturelles.

Des aides très inéquitables et de moins en moins légitimes

En 2009, près de 500 000 agriculteurs ou exploitations ont bénéficié des aides de la PAC, en tout onze milliards d’euros. Une somme dont la répartition est très inégalitaire : alors que 10,7 % d’entre eux bénéficiaient de plus de 50 000 euros (soit 40 % des aides), 32 % ont touché moins de 5000 euros (soit 2,4 % des aides). Les plus grosses enveloppes vont aux industriels de la volaille et du sucre. Ces deux secteurs ont reçu d’importantes restitutions à l’exportation (à hauteur de 225 millions d’euros).

Symbole de la dérive du système d’aides : le volailler industriel Doux. Il est l’un des grands gagnants en 2009, avec plus de 62 millions d’euros d’aides de la PAC. Un coup de pouce que ne l’empêche pas d’être régulièrement poursuivis pour non paiement des droits des éleveurs sous contrats et des salariés. Ni de délocaliser de plus en plus son activité au Brésil, au plus près du soja transgénique dans un pays aux règles sociales plus « souples ».

 

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