RTBF - Les Agences de notation sont-elles allées trop loin?

RTBF - Les Agences de notation sont-elles allées trop loin?

RTBF – Les Agences de notation sont-elles allées trop loin?

Deux fois cette semaine, les agences de notation ont provoqué l’effroi et la colère. Elles ont mis en cause les solutions proposées pour sortir Grèce et Portugal de leur marasme. Les agences sont-elles les maîtres de nos économies ? Aux politiques de répondre.

Lundi matin, Standard & Poor’s, la fameuse agence de notation, publiait une analyse qui assimilait à un "défaut partiel" les pistes élaborées en France pour essayer d’aider au financement de la dette grecque.

En gros, il s’agissait pour le secteur bancaire français de montrer l’exemple en proposant de réinvestir automatiquement une grande partie des remboursements grecs dans de nouvelles obligations. Cet engagement permettait à la Grèce de souffler puisqu’elle ne devait pas revenir sur les marchés pour se refinancer et que la durée des obligations étaient de facto prolongée.

Une forme de rééchelonnement ou de restructuration, mais proposée par les créanciers eux-mêmes (les banques françaises sont de gros détenteurs d’obligations souveraines grecques), une restructuration volontaire donc et pas imposée par la Grèce elle-même. Cette solution devait être proposée à d’autres créanciers de la Grèce de manière à soulager le pays.

Mais pour S&P, même volontaire, cette restructuration est assimilée à un défaut "partiel". Avec les conséquences qu’on imagine. Citons en trois :

- la plupart des fonds d’investissement (pensions ou assurances) ne pourront plus acheter des obligations grecques, au contraire ils devront les vendre. Conséquence : une perte de valeur de ces titres

- si il y a défaut, la Banque centrale européenne, la BCE, ne pourra plus ni acheter ces obligations, ni les accepter comme garanties pour les prêts qu’elle concède aux banques. Les banques grecques, fatalement détentrices de pas mal d’obligations de leur pays, auraient donc des difficultés à se financer et donc à financer l’économie. La relance de l’économie grecque serait dès lors plus difficile encore

- enfin, le défaut entraînerait l’activation des CDS, ces sortes d’assurances censées prémunir les preneurs d’obligation contre un défaut de paiement.

Le point de vue juridique

Juridiquement, nous dit le député européen Jean-Paul Gauzès (PPE), auteur d’un rapport sur la réforme des agences de notations, l’argumentation de S&P se tient. En effet, tous les détenteurs d’obligations grecques ne sont pas connus, ceux qui ne seraient pas partie à un éventuel accord "volontaire" pourraient s’estimer ou se déclarer lésés et donc réclamer le remboursement de leur créance. C’est pourquoi S&P peut parler de défaut partiel.

Le point de vue politique

Mais pour Jean-Paul Gauzès le problème n’est pas là, la vraie question est que "nous sommes en guerre et que l’on doit pouvoir dire aux agences : fermez la !" Et surtout : "les politiques devraient arrêter d’écouter les agences".

Même type de réaction, chez le député Vert, Philippe Lamberts : "Nous sommes en guerre, dit-il, les agences de notation terrorisent les politiques, ce n’est pas normal. Au contraire, en ce qui concerne l’activation des cds par exemple, les autorités politiques devraient interdire cette activation".

Et les deux députés, pourtant d’options politiques différentes, comme d’ailleurs l’économiste libéral Bruno Colmant, ont la même analyse. Les autorités jouent sur les mots en parlant de contribution volontaire des créanciers. La dette grecque devra être restructurée et il faudra le faire de manière douce en limitant les conséquences. Cela n’est pas facile mais on y arrivera.

Tout le monde en effet, aussi bien les autorités publiques que les grandes institutions financières européennes, y a intérêt. Car sans solution, la question des dettes des pays européens pourrait ébranler le système financier international de manière aussi importante qu’en 2008.

Le retour du bâton

Dans cette perspective, les trois grandes agences de notation traditionnelles risquent de perdre des plumes.

Quelques signes : la BCE a décidé de considérer la dette grecque en défaut si quatre agences de notation le déclarent. Quatre, c’est-à-dire les trois traditionnelles et DBRS, une agence canadienne qui a récemment conclu que l’aide internationale dont bénéficie la Grèce lui permet d’assurer son financement à moyen terme.

Autre indice : les critiques acerbes de la Commission à la suite de la dégradation de la note du Portugal. Critiques de la Commission mais aussi du ministre allemand des Finances, de la chancelière Angela Merkel et du président José Manuel Barroso.

En 2007-2008, les grandes agences avaient fait preuve d’un laxisme coupable face aux fameux "subprimes", aujourd’hui, elles se veulent inflexibles. Au risque de perdre progressivement de leur influence.

Christian Dupont

[http://www.rtbf.be/info/monde/dossier/europe-itineraires-de-sortie-de-crise/detail_les-agences-de-notation-ont-elles-ete-trop-loin?id=6416013]url:http://

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