Sommet du 23 mai 2012: toujours pas de solutions pour la Grèce et l’Espagne

Le sommet informel de l’Union Européenne qui s’est réuni hier (23 mai 2012) soir n’a, comme on pouvait s’y attendre, débouché sur aucune décision susceptible de répondre à l’urgence grecque ou de faire face à la situation extrêmement préoccupante du secteur financier en Espagne. Quant aux éléments essentiels d’une stratégie qui permette à l’Union de sortir de une sortie de crise par le haut, ils sont renvoyés à un rapport que le président du Conseil Européen Herman Van Rompuy devra déposer au sommet du mois de juin.

Cet absence de résultat appelle trois commentaires

 1.  Dans l’immédiat, après que certains d’entre-eux, dont les Belges Karel de Gucht, commissaire européen au commerce et Luc Coene, gouverneur de la banque nationale de Belgique aient contribué à aggraver le climat d’incertitude générale par des déclarations pour le moins irresponsables sur une sortie de la Grèce de la zone Euro, les dirigeants européens s’avèrent incapables d’éteindre l’incendie qu’ils ont eux-mêmes attisé. Le sens de l’Etat recommande que tous affichent d’abord leur respect pour la démocratie grecque avant de décider, avec le gouvernement qui sortira des élections du 17 juin, des mesures à prendre pour permettre, comme les Chefs d’Etat et de Gouvernement l’ont eux-même déclaré et comme 78% des citoyens grecs le souhaitent, à leur pays de se reconstruire en restant membre de la zone Euro. Sans préjuger de ces discussions, il évident que la Grèce aura besoin de plus de temps pour réaliser la transformation indispensable à son redressement. C’est une question à la fois de viabilité économique et financière et de justice sociale.

 2. La situation de l’Espagne demeure également extrêmement préoccupante et requiert des mesures rapides, dont il n’est pas sûr que toutes pourront être remises au sommet qui aura lieu dans cinq semaines. Le secteur bancaire a de plus en plus de mal à dissimuler les pertes colossales encore à réaliser à cause de l’éclatement de la bulle immobilière. Celles-ci s’élèvent, selon les estimations les plus prudentes, à 230 milliards d’Euros et requièrent donc une recapitalisation rapide de plusieurs banques. Une solution doit être trouvée, qui passera inéluctablement par l’un des fonds de secours européens (Fonds Européen de Stabilisation Financière ou Mécanisme Européen de Stabilité, MES) soit via des prêts au gouvernement Espagnol soit en l’autorisant à directement recapitaliser ces banques.

 3. Enfin, il n’y aura pas de sortie de crise sans une intégration politique et économique approfondie de l’Union Européenne. Les ingrédients essentiels en sont connus :  établir un prêteur en dernier ressort aux gouvernements, en donnant une licence bancaire au MES; imposer au secteur financier Européen, par une régulation européenne, une discipline au moins aussi stricte que celle imposée aux gouvernements; réaliser une véritable union fiscale en commençant par l’établissement d’une taxe sur les transactions financières, par la fin de la concurrence fiscale sur l’impôt des sociétés et par une lutte déterminée contre la fraude et l’évasion fiscales; mutualiser l’émission de dettes publiques par la mise en place d’euro-obligations. Enfin, l’Europe doit se donner une stratégie de développement économique digne de ce nom; pour les Verts, il ne peut s’agir que d’un Green New Deal, qui fasse de l’Europe la championne du monde de l’efficacité énergétique et en ressources; cette stratégie d’investissement dans les infrastructures, dans l’enseignement, dans la recherche et l’innovation est le plus sûr gisement d’emplois d’avenir. Rien de tout cela ne peut être réalisé hors d’un cadre démocratique, qui requiert rien moins qu’un gouvernement fédéral européen, la Commission, responsable devant une assemblée démocratiquement élue, le Parlement Européen.

L’incapacité du Conseil Européen de s’entendre sur les éléments essentiels de cette vision contraste avec les avancées réalisées récemment au Parlement sur plusieurs de ces points. Hier encore, celui-ci se prononçait par une majorité de près des deux-tiers pour la mise en oeuvre d’une taxe sur les transactions financières. Il y a dix jours, il adoptait en commission et à l’unanimité, les nouvelles règles prudentielles pour les banques (« Bâle III ») dans une version significativement plus ambitieuse que celle adoptée le lendemain par les ministres des finances. Lors de la même réunion, une majorité adoptait, dans le cadre de la gouvernance économique (« two-pack »), un texte qui enjoint à la Commission entre autres de mettre en place la mutualisation des dettes passées (le fonds dit de rédemption), la coordination de toutes les émissions de dettes publiques et surtout, un programme de mobilisation des investissements à hauteur de 1% du PIB européen par an, pour les dix ans à venir.

L’Europe a les moyens de son redressement; ce qui manque encore au niveau du Conseil Européen est à la fois une vision partagée du chemin à suivre et la volonté politique de l’emprunter. L’arrivée au pouvoir de François Hollande en France signale un début de basculement du centre de gravité politique de l’Europe; il faut espérer qu’il se traduise rapidement par un changement de stratégie. Après bientôt quatre ans d’improvisation et de navigation à vue, le temps nous est compté : dans plusieurs Etats-membres, la cohésion sociale est à ce point mise à mal qu’on est proche du point de rupture et tout délai supplémentaire rend à la fois plus difficile et plus coûteuse

Retrouvez également mon passage sur France Inter à la veille de ce sommet informel:

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