Sommes-nous au bord du gouffre?

Sommes-nous au bord du gouffre?

Dans un contexte d'instabilité financière et de menaces croissantes des marchés à l'égard de la dette belge, l'avenir de notre niveau de vie et de notre modèle de société était au coeur du débat animé par Pascal Vrebos.


La vidéo n'est plus disponible, veuillez nous en excuser

Aux côtés de Jean-Claude Marcourt, Charles Michel, Roland Gillet, Eric De Keuleneer et autres intervenants pertinents, j'ai tenté d'apporter une ébauche de réponse aux questions suivantes:

- Sommes-nous au bord du gouffre? Quelles seront les conséquences de l'actuelle instabilité financière pour notre pays et pour notre portefeuille? La Belgique est-elle de plus en plus vulnérable et en proie aux spéculateurs? Quelles en seront les conséquences pour les citoyens?

- Allons-nous devoir nous serrer la ceinture? Sommes-nous voués à un avenir marqué par une diminution du pouvoir d'achat, une augmentation des impôts et de manière générale des coupes budgétaires dans toutes les dépenses publiques? L'austérité est-elle la voie à suivre?

- Quels sont les causes réelles de cette crise? Quelle sera la voie de sortie de crise? Plus de gouvernance économique? Des réformes fondamentales du système financier?

- Quel avenir pour notre système de valeurs et modèle de société?

Au fil du débat et des interventions, j'ai surtout mis en lumière les éléments suivants:

- Notre croissance économique a été construite jusqu'à présent sur la dette. Pour assurer une sortie durable de crise, nous devrons passer d'un modèle économique motorisé par la dette à un modèle motorisé par la création de valeur. Cela signifie répondre à deux défis majeurs: réduire les inégalités croissantes et faire rentrer nos sociétés dans les limites physiques de leur environnement. Dans ce contexte, on parle souvent du changement climatique, mais il s'agit aussi de s'attaquer au problème de l'épuisement des ressources. Pour ce faire, nous devrons mobiliser les moyens humains et financiers nécessaires pour investir dans ces domaines (par exemple via l'utilisation de subsides, aujourd'hui dirigés vers des activités néfastes, comme catalyseur de changement). Ainsi, en relevant ces deux défis conjointement, nous nous mettrons à l'abri de la cyclothymie des marchés financiers.

- Sur la question de la fiscalité: si nous souhaitons réduire la dette publique partout en Europe, nous n'échapperons pas à l'établissement d'une fiscalité sur une base réformée. Cela passera entre autre par une lutte efficace contre la fraude fiscale, estimée à 300 milliards d'euros par an en Europe. De la même manière, les paradis fiscaux de tous les pays européens, y compris la Belgique, devront être démantelés simultanément; on ne peut en effet demander à l'Irlande de combattre son paradis fiscal tout en fermant les yeux sur d'autres paradis fiscaux en Europe. En bref, nous avons besoin d'un "Traité de désarmement fiscal paneuropéen".

- Sur la réforme des banques. Certaines mesures ont déjà été envisagées en vue de réformer le système bancaire (Comité de Bâle). En tant que co-législateur sur ce dossier, le Parlement européen est soumis à des pressions du lobby bancaire qui tente de faire en sorte que ces mesures envisagées soient "allégées". L'argument principal brandi par les représentants de ce secteur est le suivant: "Si vous demandez trop aux banques, elles ne seront plus en mesure de prêter à l'économie réelle". Au delà de cet argument superficiel, ce qui est réellement en cause ici c'est la démesure des bénéfices dont jouissent les banques (20% par an) par rapport aux bénéfices enregistrés dans d'autres secteurs, par exemple la grande distribution (5% par an). Cette différence est d'autant plus condamnable lorsque l'on prend en compte le fait que ces 20% de bénéfices sont le fruit d'actions s'inscrivant dans une logique "prédatrice" plutôt que "créatrice".

- Sur les ventes à découvert à nu : leur interdiction est actuellement en discussion au Parlement européen. Ironiquement, face à cette éventualité, les représentants de l'industrie financière, inquiets que cette interdiction "ne détruise l'économie", nous invite à oeuvrer pour l'intérêt général, à être raisonnable et surtout à anticiper les conséquences de nos actions en tant que législateurs. Or, c'est bien ce secteur qui a clairement démontré son incapacité à suivre ses propres leçons. Cet exemple indique le degré d'irrationalité que le débat a atteint dans ce contexte. Ce degré d'irrationalité est également aggravé par le manque de nuance avec lequel certains observateurs décrivent la Belgique par exemple, dont John Miller du Wall Street Journal tire un portrait caricatural: un pays pris entre un parti nationaliste au Nord et un parti d'extrême gauche au Sud!

- Sur la gouvernance économique: c'est là que nous devons concentrer aujourd'hui la plus grande part de nos efforts, et ce, autour de trois axes de travail:

1. Le contrôle mutuel des déficits et de la dette (dossier qui est actuellement à l'ordre du jour du Parlement européen et du Conseil)

2. Travailler sur une manière européenne de structurer notre dette. Les 17 Etats membres de la zone euro devraient emprunter ensemble sur les marchés financiers sous la forme "d'Euro-obligations", plutôt que chaque Etat individuellement

3. Nous devons abandonner une partie de notre souveraineté en matière fiscale pour établir une véritable "union fiscale" au sein de la zone euro.

A l'issue de cette émission, beaucoup de questions restent en suspens. L'année 2011 se révèle être une année clé pour l'avenir de l'euro, de la Belgique et du modèle de société que nous souhaitons défendre.

Philippe Lamberts

Source de l'image: http://i.telegraph.co.uk/telegraph/multimedia/archive/01577/euro-note_1577590c.jpg

Bureau de Philippe Lamberts

Articles similaires

Close