Steel friends ?

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Strasbourg, le 14 mars 2018

Le 8 mars, Donald Trump a signé le décret imposant des taxes supplémentaires de l’ordre de 25% sur les importations américaines d’acier et de 10% sur les importations d’aluminium. Nous sommes désormais habitués aux coups de sang du Président américain mais cette fois-ci, il faut souligner que ni ses conseillers, ni le cercle des milliardaires l’entourant n’ont réussi à le dissuader de mettre son « plan » à exécution ou, à tout le moins de le tempérer. Cette décision qu’il justifie au nom de la « sécurité nationale », motif qui fut la dernière fois évoqué en 1986 (!) par le Président Reagan, risque de créer un grave précédent : lorsqu’il est brandi à la légère, ce motif crée une fissure dans les règles du commerce international et cette fissure risque de s’approfondir et de s’agrandir au point de mettre à bas tout le système multilatéral - certes largement perfectible, j’y reviendrai dans un instant - dont l’OMC est l’un des garants. De la sorte, nous sommes à deux doigts du règne de l’arbitraire et de l’impulsion comme moteur de la prise de décision. Or, l’Histoire nous a montré que de telles escalades pouvaient parfois dégénérer en conflits sanglants entre les États. Et la rhétorique de Trump pour peu qu’elle révèle sa pensée est préoccupante : non seulement il affirme ne pas craindre de mener une guerre commerciale (trade war) dont il est confiant que son pays l’emporterait (ce qui, semble-t-il, l’autorise à prendre toute décision qu’ils estiment nécessaire), mais de plus, il considère que les « amis » et les « ennemis » sont sur le même pied et que tous sont responsables des piètres performances de l’indicateur de la balance commerciale (trop d’importations alors que, en réalité, cet indicateur renseigne sur le degré de surconsommation des Américains).

Autrement dit, pas de pitié pour restaurer la grandeur de l’Amérique. Mais cette conclusion doit-elle nous surprendre ? Le slogan de campagne électorale de Trump n’était-il pas : America First ?
L’Europe, de l’autre côté de l’Atlantique, semble faire les frais de l’opération. Or, il est bon de se rappeler que, en matière de production d’acier brut, la Chine produit beaucoup plus que ce que la demande mondiale ne peut absorber, si bien que la concurrence sur les prix est particulièrement rude, surtout pour des pays tels que les nôtres où les coûts de production sont plus élevés et où, après une grave crise du secteur, on n’a toujours pas mis au point une réelle politique industrielle européenne axée sur des technologies et produits innovants et plus verts. La surproduction chinoise dépasse même les productions annuelles cumulées de l’Europe et des Etats-Unis !
On notera que dans ses diatribes, Trump ne vise pas la Chine ; au contraire, il adopte un ton plus doux alors qu’il n’hésite pas à flageller les Européens. Cela peut s’expliquer par le fait que l’Union européenne est le premier exportateur d’acier vers les États-Unis très loin devant la Chine qui ne se classe que onzième. Mais, au-delà de l’aspect du tonnage, la baisse des prix menée par la Chine est bien le problème essentiel.

Trump s'en prend aux Européens qui, sur le plan commercial, se comporteraient mal envers les Américains. C'est faire peu de cas du fait qu'il n'y a pas si longtemps, ce sont les Européens qui courtisaient les Américains en cherchant via le TTIP à libéraliser les échanges et à donner davantage de moyens d'influence aux multinationales. L'administration Obama n'en avait pas vraiment cure puisqu'elle était surtout occupée à finaliser l'accord transpacificique à l'autre bout du monde. Et outre la mobilisation croissante contre le TTIP, c'est surtout l'indifférence de Trump qui a plongé ce projet de vaste marché dans un état de mort clinique. C'est d'ailleurs très bien ainsi.

Trump a vu clair dans le jeu international : comprenant qu’il ne pouvait pas aller plus loin dans ses exigences envers la Chine (qu’il accusait durant la campagne et en début de mandat de mener une « guerre monétaire » coûteuse en emplois américains et à laquelle il fallait s’attaquer), il profite cyniquement mais intelligemment de l’inexistence d’une politique et d’une diplomatie commerciales dignes de ce nom et à la hauteur du poids économique de l’Europe. A nous maintenant, Européens, de montrer que nous saurons répondre de manière intelligente : pas en taxant à tout-va les productions US mais en contestant la légalité de ces nouvelles taxes, en pénalisant les importations de produits émanant d’Etats républicains soutenant Trump et en revoyant à la hausse nos ambitions commerciales.

Au moins, la dernière saillie de Trump permettra-t-elle de remettre à l’agenda politique la question du commerce international. Au XXIe siècle, on ne peut plus ignorer que le fret international soutenant les échanges internationaux est l’un des plus importants pollueurs et émetteurs de gaz à effet de serre mondiaux ; que l’obsession des exportations a placé au centre des politiques le concept abstrait de compétitivité, objectif à la poursuite duquel l'on n'hésite pas à épuiser les ressources de la Planète et les individus au profit finalement d’une minorité. Profitons, en tant qu’Européens, de ce moment charnière, de la négociation sur la future Cour multilatérale sur les investissements, pour nous profiler et trouver des alliances avec d’autres partenaires pour refonder le commerce international.

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