Tests de résistance bancaire: un trompe-l'oeil pour restaurer la confiance

Tests de résistance bancaire: un trompe-l'oeil pour restaurer la confiance

Tests de résistance bancaire: un trompe-l’oeil pour restaurer la confiance

Ce mardi 10 mai, la Commission a été vivement interpellée en séance plénière du Parlement européen concernant la tenue en juin prochain des nouveaux tests de résistance des banques. L'enjeu est en effet de taille dans la mesure où les tests de résistance effectués en juillet 2010 se sont révélés peu crédibles.

Face à ce constat d'échec, l'autorité bancaire européenne (ABE) nouvellement créée assure avoir élaboré une méthodologie plus sévère pour tester les 90 banques européennes - totalisant à elles-seules plus de 65% des actifs bancaires de l'UE - qui ont été retenues pour l'exercice. Tout d'abord, les tests de 2011 ne devraient pas prendre en compte certaines participations dites "silencieuses" (1) pour le calcul du niveau de fonds propres requis pour les banques. Ensuite, l'ABE s'est engagée à examiner les pertes potentielles des banques sur les dettes souveraines qu'elles détiennent jusqu'à l'échéance ("banking book") (2) .

Malgré ces améliorations, j'ai exprimé de sérieuses réserves quant à la sévérité de la nouvelle vague de tests:

"Deux raisons principales mettent en cause la crédibilité de cette nouvelle série de tests. Tout d'abord, cette dernière, tout comme la précédente, n'inclura pas le scénario de défaut d'un Etat. Or, le sauvetage récent du Portugal, après celui de la Grèce et de l'Irlande, doit nous rappeler que cette éventualité ne peut être écartée. Deuxièmement, le ratio de 5% de fonds propres "durs" pris en compte pour effectuer les nouveaux tests est nettement inférieur à celui prévu par les réformes de Bâle III (7%). Ce qui devrait dès lors permettre aux banques de passer plus facilement les tests".

J'ai tenu également à souligner le risque que les nouveaux tests ne créent un faux sentiment de sécurité:

"Les tests de résistance ne peuvent faire oublier l'urgence d'une refonte radicale de l'industrie bancaire européenne. Ce secteur s'est en effet habitué à vivre avec des niveaux de profits et d'endettement démesurés qui ne sont tout simplement pas soutenables à long terme et qui génèrent trop de risques pour nos sociétés".

(1) Participations silencieuses: actions détenues au capital des banques par des Etats ou des entités publiques.

(2) En effet, les tests de résistance de juillet 2010 n'avaient été appliqués qu'aux dettes souveraines disponibles à la vente (c'est-à-dire intégrées dans le portefeuille de négociation des banques - « trading book »). Or, dans la mesure où les titres correspondant à la dette souveraine des pays européens en difficulté ne trouvent plus guère aujourd’hui d’acquéreurs, la majorité d'entre eux sont actuellement intégrés dans les portefeuilles de crédit des banques ("banking book"). D'où a nécessité d'appliquer les tests également aux dettes souveraines détenues jusqu'à l'échéance par les banques.

Bureau De Philippe Lamberts

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