Une cure de verdissement plutôt que d'austérité

Une cure de verdissement plutôt que d’austérité

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L'euromanifestation de ce 29 septembre se déroule sous la bannière du refus de l'austérité. Ce message univoque contraste avec les doutes qui assaillent les décideurs politiques et les experts. Les marchés financiers, eux-mêmes, tiennent des discours incohérents en sanctionnant les Etats qu'ils jugent trop timides dans leurs réductions des déficits mais aussi ceux qui ne déploient pas suffisamment de mesures pour relancer la croissance !

L'histoire économique européenne des 10 dernières années a révélé les limites des recettes libérales. Ainsi, le modèle irlandais donnait avant la crise des complexes aux pays de l'Europe occidentale pour avoir affiché le PIB par habitant le plus élevé de l'UE après le Luxembourg et le plein emploi (malgré des taux de pauvreté parmi les plus élevés de l'UE) attirant capitaux étrangers et travailleurs. Aujourd'hui, les succès éphémères du Tigre celtique s'effondrent comme un château de cartes: alors que les autres pays montrent des signes de stabilisation, ses déboires n'en finissent plus comme en attestent sa récente chute de 4 places dans le classement annuel des économies les plus compétitives et les sorties de capitaux. Au début de la décennie, c'était le Portugal qui pratiqua une cure d'austérité imposée pour rentrer les clous budgétaires européens: coupes dans les salaires publics, dans les secteurs de la santé et de l'éducation et relèvement de la TVA notamment étaient au menu. Ce programme mit un terme au rattrapage du pays sur les autres Etats membres qui avait été entamé lors de son adhésion si bien qu'en 2003, il fut dépassé par la Slovénie qui pourtant partait d'encore plus loin en termes de niveau de richesse par habitant. Pour la petite histoire, le Premier ministre qui pilota ces mesures n'était autre que José Manuel Barroso qui lorsque celles-ci atteignirent leur vitesse de croisière, prit la tête de la Commission européenne en 2004 !

Tandis que les travailleurs battront le pavé, les Ministres européens en charge de la Compétitivité se réuniront à l'initiative de la présidence belge de l'UE. Ils discuteront de la relance du marché unique et des quelque 180 propositions identifiées par la Commission pour le revigorer et... s'empareront d'un dossier dont leurs collègues ministres de l'Emploi sont responsables : les réformes du marché du travail ! Ou plus précisément, la dérégulation de ces marchés qu'ils souhaitent voir réalisée.

C'est bien la piste qui semble également être privilégiée par les Ministres de l'Economie sur base d'une analyse d'experts. Examinant plusieurs scenarii, ceux-ci concluaient que l'UE raterait son objectif de 75 % de taux d'emploi en 2020 dans tous les cas de figure, sauf dans l'hypothèse d'une stratégie néolibérale reposant sur une réduction des salaires, des cotisations et donc des prestations sociales ainsi qu'une décentralisation des négociations collectives et/ou un affaiblissement des syndicats, un glissement de l'impôt de l'emploi vers les plus qualifiés mais aussi vers la TVA . Cette analyse restait muette sur l'objectif de sortir 20 millions de personnes de la pauvreté au cours de la même période mais, dans ce cadre, on peut douter qu'on y parviendrait. Ce courant de pensée n'est pas sans déranger au moment où l'on apprend que 17 anciens Commissaires européens perçoivent des indemnités annuelles de 96.000 € qui leur sont allouées pour leur permettre de se réinsérer sur le marché du travail !

Tandis que l'Europe s'obstine erronément à vouloir sortir de la crise en se délestant de son modèle social, la Chine qui est souvent crainte et décriée pour ses salaires défiants toute concurrence et sa monnaie artificiellement faible poursuit la révolution silencieuse qu'elle a commencé à opérer il y a quelques années. L'arbre qu'est sa réticence à s'engager sur un accord environnemental contraignant pour succéder au protocole Kyoto qui expirera en 2012 cache la forêt du volontarisme pragmatique dont l'Empire du Milieu fait preuve. En effet, il ne lésine pas sur les milliards pour se mettre sur les rails d'une économie moins gourmande en carbone et en ressources. Ainsi, Pékin a annoncé durant les mois d'été la fermeture de sites de production de quelque 2.000 grandes entreprises qui mettent en péril la réduction décidée en 2005 de l'intensité énergétique du pays de 20 % d'ici à la fin de cette année et d'interdire les banques à leur accorder des prêts ; cela occasionnera une perte de 1,5 % de la production industrielle ! En Europe, par contre, la conception bancale du système des permis de polluer permettrait aux 10 entreprises qui en ont le plus accumulé en raison du ralentissement de l'activité d'engranger 3,2 milliards € d'ici à 2012, soit le double du budget octroyé aux technologies propres et aux énergies renouvelables par le plan de relance européen ! La Chine est le 1er producteur mondial de turbines éoliennes et près d'un panneau photovoltaïque sur 2 construits (43 % en 2009) dans le monde l'a été dans ses usines. En matière de mobilité verte, elle aurait aussi des leçons à nous donner. Le même constat vaut en matière de R&D alors que le budget communautaire dédié à ce poste stratégique pour préserver notre compétitivité et relever les grands défis sociétaux tels que le changement climatique ou le vieillissement de la population serait écrémé de quelque 400 millions d'euros pour financer l'explosion des coûts d'ITER, le projet international de fusion thermonucléaire dont l'UE est le principal contributeur et les défenseurs mêmes estiment qu'il ne fournira des résultats qu'en 2050 au mieux ! Là où le Sénat américain abandonne systématiquement les projets dont les coûts excèdent de 25% les coûts estimés en vertu des règles de gestion responsable des deniers publics, la pertinence de maintenir ITER dont le budget a triplé ne fait même pas débat en Europe alors que les restrictions de tous ordres n'épargnent personne.

Sous le vocable de Green New Deal, les Verts européens proposent une vision alternative, un changement de paradigme qui a fait l'objet de plusieurs résolutions au Parlement européens et propositions de loi au niveau national. L'Alliance Emploi-Environnement qui porte déjà des fruits en Wallonie en est l'un des aspects les plus concrets. Il est temps désormais de passer à la vitesse supérieure et que l'ensemble des partenaires prenne conscience que la concrétisation de ce Green New Deal permettra à l'Europe d'échapper au destin que d'aucuns lui prédisent de devenir le plus grand musée de la planète.

Philippe Lamberts et Olivier Derruine

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