Vers une crise des matières premières?

Vers une crise des matières premières?

Vers une crise des matières premières?

Depuis le rapport Brundtland et le Sommet de Rio jusqu'à la Stratégie pour une Croissance Verte de l'OCDE (que l’on attend dans le courant de ce semestre) en passant par les rapports du GIEC et l'initiative-phare sur une Europe efficace dans l'utilisation de ses ressources présentée le 27 janvier par la Commission européenne, les préoccupations pour le développement durable ont été croissantes ; si bien qu'aujourd'hui, la transition écologique de l'économie apparaît, plus que jamais, comme un impératif.

L'ENJEU DES MATIÈRES PREMIÈRES

Pour ne citer que quelques faits significatifs, l'empreinte environnementale de l'UE-27 représente plus du double de sa capacité de régénération. En moyenne, 16 tonnes de matériaux sont utilisés chaque année par personne dans l'UE si bien qu'en 2005, pas moins de 8,2 milliards de tonnes de matériaux étaient utilisés dans l'UE, les métaux et minéraux intervenant pour plus de la moitié du total. Plus de 20 % des ressources utilisées en Europe sont importées. En outre, la croissance de la productivité des ressources au cours des quarante dernières années a été nettement plus lente que celle de la productivité du travail et dans certains cas, de l'énergie. (Agence Européenne pour l'Environnement, L'environnement en Europe: Etat et Perspectives 2010). Le Earth Overshoot Day (jour du dépassement global) qui correspond à la date dans l'année à partir de laquelle, théoriquement, l'Humanité puiserait dans les réserves naturelles de la terre d'une façon non réversible est passée du 7 décembre en 1990 au 20 octobre en 2005 et le 21 août en 2010.

Or, les ressources utilisées comme matières premières dans la chaîne de production ne sont pas inépuisables et/ou leur approvisionnement n'est pas garanti comme l’a montré le rapport du groupe de haut niveau sur les matières premières stratégiques. La disponibilité des ressources s'avère en effet limitée et, si le cas du pétrole est le plus connu, d'autres ressources sont en voie d'atteindre leur pic ou ont déjà franchi ce cap et sont en train de s'épuiser, comme le montre le tableau suivant. Le cas des terres rares illustre particulièrement bien les problèmes posés en termes de sécurité d'approvisionnement : à elle seule, la Chine fournit 97 % de l'approvisionnement mondial en terres rares qui sont, à ce jour, indispensables pour un nombre croissant de technologies militaires, les batteries pour voitures hybrides et électriques et pour des biens de consommations courantes comme les écrans plats ou les turbines éoliennes. Or, l'offre de terbium et de dysprosium notamment dépasserait largement la demande d'ici 2014 et la Chine a décidé en 2009 de réduire drastiquement ses quotas d'exportations, voire d'interdire le commerce de certaines de ces terres rares.

Non seulement, le sol européen est relativement chichement dote en termes de matières premières ce qui signifie que les entreprises européennes sont “price-takers” sur le marché, mais en plus, leur prix est très volatile du fait des tensions sur le marché et de leur financiarisation croissante. Ainsi, le blé, le sucre, le soja ou encore le cuivre, le cobalt plus récemment et d’autres encore sont soumis aux aléas des opérateurs sur les marches financiers.

QUELQUES DOSSIERS POLITIQUES EMBLÉMATIQUES

Face à cela, les Verts s’emploient depuis longtemps à attirer l’attention sur ces questions et plus spécialement dans le cadre de plusieurs dossiers en cours. Ainsi, avec la nouvelle gouvernance économique proposée par la Commission européenne, il est question de suivre une série d’indicateurs dont l’évolution fait l’objet d’un suivi minutieux afin de détecter le plus rapidement possible s’ils reflètent des tendances porteuses de crises dans un avenir plus ou moins proches. Les Verts se battent pour que parmi ceux-ci, on reconnaisse la productivité des ressources. Ainsi, cela forcera les décideurs politiques et les acteurs du monde socio-économique a utilisé les ressources de la manière la plus efficace possible et à prendre conscience de la grande dépendance de l’économie européenne à celle-ci. Aussi, dans la mesure où plusieurs études (Wuppertal Institute, 2007 et Agence Européenne de l’Environnement, 2010 par exemple) ont montré qu’il existe une corrélation entre cet indicateur et la compétitivité d’une part et que la productivité des ressources a augmenté beaucoup plus lentement que la productivité du travail, cela permettra d’atténuer les pressions libérales sur les salaires et les réformes structurelles mettant à mal l’Europe sociale.
Profitant de la présidence française du G20, les Verts essaieront de forcer l’ouverture de la communication sur les matières premières présentée par la Commission le 2 février à la question de la spéculation. Le Conseil européen en 2008 avait abordé le sujet en 2008 mais la Commission avait rapidement noyé le poisson et donné l’impression qu’il s’agissait d’un tabou pour elle. Les fonds indexés sur le cours des matières premières exacerbent la volatilité et donc, la hausse des prix ; ces pratiques doivent être interdites car outre les dégâts économiques que cela engendra, il en résulte une érosion du pouvoir d’achat – en particulier pour les moins nantis qui consacrent une beaucoup plus grande part de leur budget au poste énergétique et à l’alimentation – et sont à la source des émeutes de la faim qui avaient touché 37 pays en 2008 et pourraient resurgir dans 29 pays en 2011 !

Les Verts saisiront aussi l’angle des matières premières pour faire avancer la discussion sur le découplage en le combinant à une plus grande maîtrise de la demande, voire à sa réduction de manière à réduire l’empreinte environnementale et « le sac à dos écologique », c’est-à-dire les « dégâts collatéraux » dans les pays de minage, d’extraction et de raffinage induits par notre propre consommation quotidienne de produits. En l’occurrence, on estime que 40 % des métaux ou minéraux travaillés sont des déchets qui ne seront plus utilisés/utilisables. Il s’agit d’une perte considérable alors que les réserves de matières premières sont limitées et que le pic de production est imminent, voire dépassé. Enfin, il s’agira aussi de promouvoir la substituabilité des matières premières critiques quand cela est possible et les techniques de recyclage à la pointe de la technologie pour les récupérer. Il s’agit de préoccupations qui pourront être portées lors de la définition du prochain programme-cadre européen pour la R&D et dont les contours seront esquissés à partir de l’été.
Ces quelques exemples d’action politique ne sont évidemment pas exhaustifs et bon nombre de domaines sont concerné car il s’agit rien de moins que de mettre en œuvre une gestion durable des matériaux, ce qui couvre toute la chaîne de production et va au-delà car on pourrait également mobiliser la politique commerciale pour sécuriser l’approvisionnement européen en y assortissant des clauses préférentielles pour les pays qui font valoir des conditions de travail décentes ou le respect de critères environnementaux par exemple.

En conclusion, on le voit, le chantier qui s’est ouvert sur les ressources énergétiques, alimentaires, minérales, etc. pourrait être l’un des plus importants de cette décennie en raison de ces nombreuses implications quant à notre manière de consommer, de produire et de concevoir notre mode de vie. Les Verts se réjouissent qu’il ait enfin trouvé à s’insérer dans l’agenda politique mais conscients des défis à relever et des résistances (liées à l’accoutumance au désormais obsolète paradigme économique) à surmonter, mais seront particulièrement attentifs à ce que des actions pertinentes, concrètes, ambitieuses et efficaces soient prises et que l’attention ne se dissipe pas en cours de route comme ce fut le cas avec la Stratégie pour le Développement Durable qui a été plongée dans le coma par la Commission et les Vingt-Sept.

Olivier Derruine

Source de l'image: http://www.sair.org.uk/sair31/illus/illus365.jpg

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