Viktor Orbán, le nouveau Chavez européen? Le moment phare de cette session strasbourgeoise

Viktor Orbán, le nouveau Chavez européen? Le moment phare de cette session strasbourgeoise

L'année 2011, vous vous en doutez, s'annonce chaude. La crise de l'euro et des finances publiques se poursuit et nous devons nous attendre à prendre des mesures qui vont transformer l'UE. Aussi crucial qu'il puisse être, ce point n'a néanmoins pas fait la une de l'agenda de cette session.

Compte-rendu de la session du Parlement europ

En effet, le point phare de cette semaine strasbourgeoise a été le passage de témoin de la présidence belge à la présidence hongroise. Si le Traité de Lisbonne a institué la nouvelle fonction de présidence (semi)-permanente du Conseil européen (pour deux ans et demi), fonction qu'occupe actuellement Herman Van Rompuy, il a également maintenu l'institution de la présidence tournante qui continue de jouer un rôle clé dans le fonctionnement de l'UE à 27. En effet, c'est au pays à la tête de l'UE que revient, pour une durée de 6 mois, la tâche de "présider aux travaux", c'est-à-dire de faire aboutir des dossiers. Mardi 18 janvier nous avons donc assisté au bilan de la présidence belge et au message d'introduction du premier ministre hongrois, sur le point de reprendre le flambeau.

Le bilan de la présidence belge a pris la forme d'un concert de louanges à l'égard d'Yves Leterme qui a reçu de chaleureuses félicitations, tous groupes politiques confondus. Le constat était unanime: la Belgique a relevé avec brio le défi que représentait cette présidence, au coeur d'une crise politique domestique qui la déchire et d'une crise financière sans précédent au sein de la zone euro. Malgré ces embuches, la Belgique a réussi à faire aboutir certains dossiers majeurs surtout dans le domaine économique et monétaire, tels que l'adoption d'instruments de supervision du secteur financier (c'est-à-dire la mise en place d'instances de supervision de banques, de marchés financiers, etc.). Le bilan de la présidence belge a également offert l'occasion à certains membres du Parlement européen d'exprimer leur inquiétude vis-à-vis de la situation politique belge et leur souhait de voir la Belgique sortir unifiée de cette impasse. Occasion qui a également permis à Guy Verhofstadt de souligner que l'exercice de cette présidence par un gouvernement d'affaires courantes représentait précisément la raison pour laquelle cette dernière fut un succès. En effet, délié d'obligations domestiques, un gouvernement d'affaires courantes fait office de véritable gouvernement européen.

Si l'espoir et l'enthousiasme étaient de mise à l'heure du bilan de la présidence belge, l'ambiance était tout autre lors de l'entrée en scène de la Hongrie à la tête de l'UE. Le premier ministre hongrois, V. Orban, ancien dissident sous le régime communiste, a dû répondre à de vives critiques. Elu aux deux tiers des suffrages, V. Orban est arrivé au pouvoir avec une soif de revanche incommensurable qui s'est illustrée récemment par l'adoption controversée d'une loi sur les médias. En deux mots, cette loi prévoit la supervision de tous les médias par une commission désignée par le pouvoir en place, donc ne représentant qu'un seul parti. Cette commission a pour mandat de contrôler que tous les médias remplissent leur rôle de "manière équilibrée", c'est-à-dire qu'ils couvrent l'actualité politique de manière non-controversée. En d'autres termes, cette commission vise à éliminer de la presse toute analyse tranchée et critique de la vie politique hongroise, ce qui représente une claire enfreinte à la liberté d'expression. Cette commission a en outre le pouvoir d'imposer des sanctions financières à tout organe de presse qui ne se comporterait pas de manière "équilibrée". En étant exécutoires immédiatement, ces sanctions font peser une lourde menace sur les médias hongrois, qui, comme dans beaucoup d'autres pays membres, sont déjà dans une situation de détresse financière. L'introduction de cette loi contraire aux valeurs de l'UE a débouché sur un débat plus large sur la démocratie, principalement mené par les Verts, au lieu de faire place à la présentation des objectifs stratégiques de la présidence hongroise. A la tête des Verts, inquiets de voir la démocratie s'effriter en Hongrie, figurait Daniel Cohn-Bendit, qui n'a pas hésité à traiter V. Orban de futur "Chavez européen".

Enfin, une autre critique a également été formulée à l'égard du gouvernement hongrois, mais émanant d'autres groupes politiques cette fois, sur sa renationalisation du système de pensions et sa politique fiscale qui taxe plus lourdement les grandes multinationales. En recourant à des mesures autoritaires dans le contrôle des médias d'une part et dans la gestion de l'économie d'autre part, mesures que l'on pourrait qualifier de national-populistes, V. Orban se prête donc aisément à une comparaison avec Chavez. Néanmoins, si la Hongrie semble faire fausse route en termes de politique des médias, il faut reconnaître que sa réponse à la crise est innovante et se rapproche de certaines positions défendues par les Verts, telles que l'augmentation de l'effort fiscal de la part des grandes entreprises multinationales et le renforcement du pilier public dans le système de pensions. Prudence donc dans l'examen de la situation politique hongroise, dont l'évolution méritera toute notre attention dans les mois à venir.

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