Vous reprendrez bien un peu de glyphosate ?

Vous reprendrez bien un peu de glyphosate ?

Vous reprendrez bien un peu de glyphosate ?

Semaine chargée sur le front du glyphosate : ce pesticide a en effet fait plusieurs fois la une des journaux cette semaine. Pour mémoire, le glyphosate est le principal composant du Roundup, produit phare de Monsanto, et sa possible ré-autorisation prochaine en Union européenne cause depuis plusieurs mois une levée de boucliers citoyenne.

En début de semaine, on apprenait que des études prouvant le lien entre glyphosate et cancer avaient été sous-estimées par les agences européennes, nommément l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) et l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Celles-ci sont notamment en charge de la sécurité sanitaire des citoyens de l'Union Européenne. Une lettre envoyée à Jean-Claude Juncker par le toxicologue Christopher Portier remet en cause les résultats des agences quant à la non dangerosité du produit. En effet, il est important de noter que les agences de sécurité sanitaire, comme l’EFSA ou l’ECHA, fondent principalement leurs opinions sur des études fournies par les industriels eux-mêmes et inaccessibles au public. En mars 2015, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), organe de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), avait de son côté tiré une conclusion opposée à partir d’études appartenant au domaine public et avait classé le glyphosate comme « cancérogène probable ».

Non, vous ne rêvez pas, des agences censées protéger notre sécurité sanitaire se basent sur des rapports confidentiels rédigés par des industriels et établissent ensuite sur cette base les règles à suivre au niveau européen.
Je vous invite sur le sujet à lire le livre de mon collègue Jose Bové, « Hold Up à Bruxelles », qui à la manière d'un polar vous raconte dans le détail la bataille pour l’indépendance des agences de contrôle infiltrées par les multinationales.

Suite de l'épisode, ce matin Bart Staes, eurodéputé Groen, et trois autres de mes collègues écologistes, en charge des questions de santé et environnement, ont saisi la Cour de Justice de l’Union européenne sur la question de la non-divulgation par l’EFSA des études sur lesquelles l’agence s’est fondée pour conclure que le glyphosate n’était probablement pas cancérigène pour l’être humain. Il y a plus d’un an, les conclusions opposées de l’EFSA et du CIRC ont poussé mes collègues à chercher les raisons de leurs divergences. Nous avons demandé à l’EFSA l’accès aux études dont elle s’est servie, qui étaient donc tenues secrètes car fournies par les industries intéressées. Après une année de tractations intensives, l’agence européenne ne nous a fourni qu’un accès partiel à ces études, omettant des informations-clés comme la méthodologie ou les conditions d’expérimentations. Or, sans ces informations essentielles, il est impossible pour des experts indépendants de vérifier la validité des conclusions, comme le souligne Christopher Portier dans sa lettre au président de la Commission européenne.

En conséquence, les députés européens écologistes ont décidé d’attaquer l’EFSA en justice pour non-divulgation des études sur lesquelles l’agence européenne s’est fondée pour donner son avis. Je me suis engagée comme co-président de groupe solidairement à leurs côtés.

Toutefois, le combat contre le glyphosate et pour la transparence ne doit surtout pas s’arrêter à ce procès voué à durer plusieurs années. C’est pourquoi nous demandons l’impérative modification du règlement intérieur des agences européennes pour que celles-ci n’utilisent plus que les études appartenant au domaine public, comme le fait le CIRC. Le scandale des Monsanto Papers, et les récentes révélations quant à la campagne de dénigrement menée par la firme américaine contre le Centre internationale de recherche contre le Cancer publiées dans le Monde aujourd'hui, nous interpellent une fois de plus sur la nécessité de mettre un point d’arrêt à l’immixtion des industries agrochimiques dans les politiques de santé publique.

Pour ceux et celles qui ne l'auraient pas encore fait, je vous invite vivement à signer l'initiative citoyenne européenne (ICE) "Ban Glyphosate" visant à interdire ce pesticide. Vous la retrouverez ici: https://stopglyphosate.org/fr/ Pour qu'elle ait une chance de déboucher sur un changement de législation au niveau européen, cette initiative doit récolter au minimum 1 million de signatures citoyennes réparties sur au moins 7 pays membres de l'UE. Elle en est à ce jour à plus de 800.000. Il est à noter que plus vite ces signatures seront récoltées et plus nombreuses (idéalement bien plus qu'un million) elles seront, plus cela aura de poids pour influencer la Commission européenne. Dans chacun des pays où résident les signataires, un minimum de signatures est également requis. À vos claviers!

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