Winter Package: une ambition gelée!

Winter Package: une ambition gelée!

Winter Package: une ambition gelée!

Bruxelles, 30 novembre 2016

La Commission a présenté ce mercredi son « Winter Package ». Ce paquet de 9 législations est bien nommé et ce, à double titre. D’abord, tout simplement, à cause des températures hivernales actuelles et ensuite, plus fondamentalement, parce que ces mesures gèlent les efforts entrepris pour la transition énergétique entamée depuis 2008.

Le paquet avait été annoncé dès 2014 par Juncker qui avait fièrement exposé sa volonté de faire de l’UE « le numéro un mondial des énergies renouvelables » et « renforcer sensiblement l'efficacité énergétique au-delà de l'objectif 2020 ».

Or, nos espoirs douchés par l’analyse d’une première version fuitée du document, sont désormais complètement dissipés. Le manque d’ambition de la Commission est tel que l’UE ne sera pas en mesure de respecter l’Accord climatique de Paris.  L’objectif d’énergie renouvelable est certes relevé à 27 % mais compte tenu de la dynamique des dernières années, ce chiffre est beaucoup trop faible, désincitatif même : cela reviendrait à appuyer sur la pédale de frein alors que, au contraire, il faut accélérer. C’est pourquoi les Verts demandaient 45 %. Aussi, alors que jusqu’à présent, la réglementation européenne actuelle prévoyait un accès prioritaire pour les renouvelables au réseau énergétique, ce ne serait plus le cas à l’avenir ; dès lors, ce type d’énergie serait défavorisé par rapport au nucléaire et au charbon. La proposition concernant les biocarburants ne s’attaque pas de manière sérieuse au fait que certaines productions agricoles sont détournées de l’objectif principal de nourrir la population, pour au contraire soutenir la filière des biocarburants. Après avoir tergiversé sur l’efficacité énergétique, la Commission propose désormais un objectif contraignant d’une amélioration de 30 %. C’est bien en-deçà de la proposition du Parlement européen et des Verts de 40 %.

La Commission fait part de son intention de dégager des moyens supplémentaires pour la rénovation des bâtiments et la promotion des énergies renouvelables. C’est bien mais pas suffisant au regard des enjeux et des montants à dégager (la transition énergétique nécessiterait de mobiliser 200 milliards €/an). En tout cas, ce n'est pas avec ce qu'elle met sur la table qu'on renouera avec notre le rôle qui doit être le nôtre à l'échelle mondiale. Pour rappel, en 2004, la part de l'UE (31 % du PIB mondial) dans les investissements en renouvelables était de 53 %. Depuis 2011 surtout, elle s'est laissée distancier par les autres pays si bien qu'en 2015, sa part dans les investissements mondiaux en renouvelables était tombée à 17 % (alors que son poids économique était de 22 % du PIB mondial).

Ce paquet confirme donc la tendance au laxisme européen sur la question environnementale et climatique comme j’en rendais déjà compte la semaine dernière dans un post expliquant les résultats des négociations sur les polluants atmosphériques.

Pourtant, alors que l’UE doute d’elle-même, remettre au centre de l’agenda la question énergétique est essentiel, car c’est un projet structurant : faut-il rappeler qu’à ses débuts, la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) impulsait l’intégration européenne en mettant en commun ces deux sources d’énergie ?

L’énergie se trouve au croisement de beaucoup de préoccupations extrêmement différentes. Sociales car 75 % de notre parc de logements présente une faible efficacité énergétique et 54 millions d’Européens sont dans une réelle situation de pauvreté énergétique ; on recense 400.000 décès prématurés en Europe du fait de la pollution occasionnée par la combustion des énergies fossiles. Economiques car le secteur de l’énergie verte est l’un des rares à avoir continué à créer de l’emploi pendant la crise (+20 % depuis 2008) et qu’il s’agit d’emplois non délocalisables, donnant lieu à davantage d’emplois indirects ; par ailleurs, des systèmes productifs moins énergivores sont un gage de compétitivité accrue. Géostratégiques enfin car en nous émancipant de nos fournisseurs d’énergie qui sont loin d’être des modèles démocratiques (Russie, Arabie Saoudite, Nigeria, Qatar), on arrêterait de financer ces pays  (transfert de près de 1 milliard d’euro par jour à ces pays!).

Si beaucoup de gouvernements et députés européens ont poussé des cris d’orfraie en se rendant compte qu’un candidat climatosceptique allait finalement accéder à la Maison blanche, il leur revient désormais de montrer que l’Europe peut reprendre le leadership mondial en rehaussant significativement les ambitions du paquet au cours des mois qui viennent. Les Verts batailleront ferme dans ce sens!

Retrouvez une présentation que j’ai réalisée sur le sujet: 2016-11-29-perwez-transition-energetique-odr-phl-29-11

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