Agenda européen sur la migration: appel à la solidarité devant l'urgence... et après?

Agenda européen sur la migration: appel à la solidarité devant l'urgence... et après?

Agenda européen sur la migration: appel à la solidarité devant l’urgence… et après?

Bruxelles, le 13 mai 2015

La Commission européenne présentait aujourd'hui son agenda européen sur la migration.

Si elle semble avoir enfin compris que l'Union européenne avait besoin d'une répartition plus équitable des demandeurs d'asile, il est cependant nécessaire de mettre en place un système d'asile équitable s'appliquant de manière générale et pas exclusivement en situation d'urgence comme proposé ici. Chaque État-Membre serait alors amené à assumer sa part de responsabilité. Il s'agit donc en parallèle, de mettre fin au système dit "de Dublin" selon lequel c'est en général le pays par lequel le réfugié pénètre sur le territoire de l'Union européenne qui est responsable du traitement de la demande d'asile.

En proposant cette répartition obligatoire entre États-Membres, la Commission impose la solidarité européenne qui fait tant défaut à la politique européenne de migration et tente de pallier l'attentisme criminel des États-Membres. On ne peut cependant pas saluer un "agenda" qui n'a d'agenda que le nom. Un agenda suggère une vision à long terme qui est totalement absente du texte présenté aujourd'hui. Les propositions de la Commission européenne manquent de cohérence et de courage. Elles apportent une réponse court-termiste aux catastrophes en Méditerranée quand il faudrait des propositions concrètes sur le long terme, notamment concernant les voies légales d'entrée dans l'UE pour les demandeurs d'asile mais aussi pour les travailleurs peu qualifié.

Il est par ailleurs regrettable de constater que la logique à l'oeuvre dans la politique de migration est avant tout répressive et sécuritaire. Au-delà de l'aspect humain et des prétentions légitimes de protection de la plupart des migrants fuyant la guerre, la priorité donnée à la lutte justifiée contre les passeurs demeure peu crédible en raison des moyens utilisés. Si en effet, l'objectif est effectivement d'assécher le business de ces criminels, cela implique non pas de la coordination militaire mais politique pour enfin réguler et ouvrir des voies légales d'accès.

Alors que la Commission ne cesse de vanter une approche holistique de la migration, cet "agenda" ne porte finalement que sur l'asile, non sur la migration dans son ensemble. En se contentant d'une réponse rapide à une crise, sans élaborer un véritable politique pour l'avenir, la Commission européenne ne s'attaque pas à la racine du problème : le manque de voies d'accès légales. Lancer des opérations militaires, même sous mandat de l'ONU, pour détruire les bateaux des passeurs ou protéger les frontières, en rendant les routes migratoires plus longues et périlleuses, ne fera qu'amplifier le problème. En plus de militariser encore un peu plus une gestion des flux migratoires déjà envisagés sous un œil uniquement et strictement sécuritaire.

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