Attentats de Bruxelles

Attentats de Bruxelles

Attentats de Bruxelles

Bruxelles, le 23 mars 2016

Comme vous tous, j'ai été sidéré par les attaques terroristes d'hier matin à Bruxelles, en particulier à la station de métro Maelbeek, que j'emprunte souvent pour me rendre au Parlement ou en revenir.

Spontanément, mes pensées vont aux victimes et à leurs proches, touchées dans leur chair et dans leur âme par ces actes barbares que rien, absolument rien ne peut excuser ni justifier.

On a beau se dire rationnellement que Bruxelles, à la fois capitale européenne et base de repli de réseaux terroristes, devait bien un jour être frappée, lorsque cela arrive, c'est au coeur et aux tripes que nous sommes touchés.

Mais si nos sociétés devaient succomber à la peur, au repli sur elles-mêmes et à la fermeture, les terroristes auraient gagné.

Que faire alors pour répondre à la menace? Dans l'immédiat, la priorité doit être à l'action commune, au niveau national comme européen. Quelques pistes :

1. Une fois encore, nous découvrons que les auteurs étaient des personnes déjà identifiées comme dangereuses. Identifiées, mais pas par tout le monde : le partage de l'information entre services
de renseignement et de police, à la fois au sein d'un même Etat et entre Etats-membres de l'UE, n'est toujours pas la règle. Il doit devenir obligatoire et automatique.

2. Si des moyens techniques peuvent être utiles à l'identification et à la traque de terroristes (ou de membres d'organisations criminelles), rien ne peut remplacer le renseignement humain et en particulier le travail de terrain par une police de proximité, laquelle a souffert presque partout en Europe d'un désinvestissement récurrent.

3. Disposer de l'information c'est bien; l'exploiter, c'est mieux : après les attentats de Paris, on a découvert que la plupart des auteurs ne faisaient pas ou plus l'objet d'une surveillance rapprochée, souvent par manque de moyens. Plutôt qu'une mise sous surveillance généralisée de la population par des moyens techniques, il faut mettre le paquet sur une surveillance ciblée - et à nouveau humaine - des personnes suspectées de faire partie de réseaux terroristes.

4. Le terrorisme (comme le crime organisé) ne connaît pas de frontières; il est plus que temps que l'Union Européenne se dote d'un parquet fédéral, chargé notamment de la lutte anti-terroriste, lequel pourra agir de manière intégrée et améliorer ainsi l'efficacité du travail, par delà les limites des juridictions nationales.

Mais au delà de ces actions de court terme, nous devons sans cesse nous poser la question de savoir pourquoi, au sein même de nos sociétés, s'est développé un terreau favorable aux discours de haine et à la mobilisation terroriste. Car ce sont pour la plupart des personnes nées ici, dans nos quartiers, qui ont commis ces actes odieux. Comme je le faisais après les attentats de novembre dernier à Paris, je mets notamment en cause l'impact de l'exclusion sociale et de la discrimination, le désinvestissement financier dans un enseignement peu adapté aux défis de notre temps, autant d'éléments qui ont résulté des choix politiques faits depuis trente ans dans nos pays. Si la précarité et l'exclusion ne créent (ni ne justifient) le basculement dans le terrorisme, elles contribuent à créer un terreau fertile pour les semeurs de haine.

Le monde dans lequel nous vivons peut susciter chez chacun(e) d'entre nous des craintes légitimes; je pense en particulier à la jeunesse dont l'horizon semble s'assombrir de jour en jour. Et pourtant, des alternatives existent : dimanche dernier, nous étions trente mille à marcher sous la bannière de Tout Autre Chose/Hart boven Hard pour l'affirmer. Et le succès inattendu et réjouissant du film Demain confirme à la fois l'existence réelle de ces alternatives et la soif d'espérance qu'elles suscitent dans nos sociétés. C'est à partir de ces racines que nous pourrons faire éclore des réponses durables aux défis de notre siècle.

 

Image à la une: pixabay.com

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