Caterpillar : l'occasion de lancer une politique industrielle en Europe?

Caterpillar : l'occasion de lancer une politique industrielle en Europe?

Caterpillar : l’occasion de lancer une politique industrielle en Europe?

Septembre 2016

Caterpillar : l'occasion de lancer une politique industrielle en Europe?

La catastrophe sociale qui se joue avec la fermeture annoncée de Caterpillar à Gosselies a trouvé un écho cet après-midi au Parlement européen. Ce fut l’occasion d’organiser une discussion plus vaste – une de plus, oserais-je dire – sur les conditions de la réindustrialisation de l’Europe.

Dans mon intervention en plénière le 14 septembre 2016, je rappelle que Caterpillar n’est malheureusement qu’un cas emblématique d’un grand nombre de restructurations et fermetures d’entreprises. Depuis le début des années 2000, l’emploi industriel a fondu (de 20 % à 15 %) et, en dépit de moult engagements, la part de ce secteur dans la valeur ajoutée n’augmente pas. Et ce ne sont pas les accords commerciaux comme le TTIP ou le CETA – dont les Verts exigent l’abandon – qui vont changer la donne. Au contraire ! Et ceci est évidemment une mauvaise nouvelle pour l’emploi mais aussi pour la transformation juste et environnementale de nos économies qui ne peut s’envisager sans acier vert ou infrastructures nouvelles pour la mobilité douce ou l’énergie propre. Il est dans l’intérêt de l’Europe de se profiler comme leader dans ces domaines à haute valeur ajoutée. Le Fonds Juncker et le programme d’assouplissement monétaire de la Banque centrale européenne devraient explicitement soutenir cette démarche. Or, c’est loin d’être le cas.

Mais, tout ceci ne restera qu’un vœu pieux tant qu’on ne se sera pas sérieusement attaqué au cancer de la financiarisation qui gangrène nos économies et en poussant nos entreprises à épouser le court-termisme, les conduisent à pratiquer des licenciements boursiers qui handicapent leur propre développement mais aussi celui de leurs sous-traitants, fournisseurs, etc.

Il faudra aussi que l’Europe se montre créative dans son approche à l’égard de la robotisation car si les machines sont une menace pour l’emploi indusitrel, elles sont aussi une opportunité pour partager le temps de travail et les revenus de manière plus juste et améliorer le bien-être d’un grand nombre de travailleurs.

La conclusion du débat par la Commission en la personne de Marianne Thyssen, Commissaire à l’Emploi n’apporta aucun élément concret nouveau. Les Verts resteront mobilisés sur le sujet et gageons que le retour à l’agenda de ce vaste sujet sera l’occasion pour nous de faire la pédagogie de nos propositions, l’une d’entre elles consistant en un plan d’investissement pour l’UE que nous avions adopté il y a près de deux ans et qui reste selon nous une alternative plus prometteuse que ce que la Commission met sur la table en ce moment.

Retrouvez la vidéo de mon intervention ici:

A la session plénière suivante, à Strasbourg, Le Parlement européen adopte le 5 octobre 2016 une résolution plutôt ambitieuse sur la « Ré-industrialisation » en Europe. Le texte  s’appuie en partie sur les propositions « Caterpillar » d’Ecolo

Dans le prolongement du premier débat au Parlement européen qui s’est tenu en septembre 2016, les eurodéputés ont adopté ce jour une résolution sur la ré-industrialisation en Europe dans le contexte des annonces de restructurations à Caterpillar et Alstom (472 pour, 103 contre, 99 abstentions).

Depuis 2009, il s’agit de la dixième résolution formulant des recommandations tantôt spécifiques à un secteur industriel, tantôt d’ordre plus général.

En dépit de pressions exercées par les conservateurs du PPE, les libéraux de l’ALDE et les souverainistes de l’ECR, la résolution émet une série de revendications concrètes et fortes qui tranchent par rapport aux textes précédemment adoptés. Ce résultat a été permis grâce aux amendements déposés par les Verts et les Socialistes soutenus par des députés d’autres groupes.

Si les eurodéputés demandent à nouveau à la Commission européenne de s’atteler à la conception d’une réelle politique industrielle, ils veulent que cela passe par la fixation d’objectifs et d’indicateurs concrets, notamment sur le plan de l’efficacité énergétique, de l’utilisation des ressources et du climat. Ainsi, les eurodéputés insistent sur la nécessité, pour assurer sa compétitivité et l’emploi de qualité, d’aligner l’industrie avec les objectifs de la transition écologique en raison de sa contribution à la réalisation de l’Accord climatique de Paris et du potentiel d’emplois non délocalisables.

La politique industrielle doit reposer tant sur l’offre que sur la demande (via des augmentations salariales notamment) et viser à la relocalisation de l’activité économique.

La politique commerciale - à l’ordre du jour du prochain Conseil européen - doit soutenir l’industrie européenne. Cela doit se traduire par le renforcement de l’arsenal de protection contre la concurrence déloyale fondée sur des conditions sociales et environnementales inacceptables appliquées dans d'autres régions du monde.

Une série de propositions formulées par Ecolo le 21 septembre 2016 dans son paquet de propositions[1] pour réguler les multinationales, protéger les travailleurs et redéployer l’économie ont été intégrées dans la résolution. Ainsi, la Commission est appelée à réviser la directive sur les licenciements collectifs (la loi Renault au niveau européen) pour prendre en compte les sous-traitants et interdire les licenciements boursiers. La proposition visant à sanctionner les entreprises adoptant un comportement socialement irresponsable en les privant de l'accès aux aides et programmes européens (fonds structurels, Horizon 2020, etc.), voire en leur demandant de les rembourser, a aussi également été adoptée dans les dernières minutes. Pour les eurodéputés, les suppressions d’emplois ne peuvent pas porter exclusivement sur les jeunes et les seniors en cas de licenciements collectifs. Malheureusement, une vingtaine de voix a manqué pour empêcher la finalisation de la procédure Renault dans le cas où il apparaîtrait que celle-ci n’a pas été bien respectée par l’employeur.

De même, nous déplorons le travail de sape du PPE qui a convaincu le groupe socialiste de retirer son soutien à un amendement qui portait sur la nécessité de revoir les systèmes financiers et fiscaux, nationaux et internationaux afin de soutenir la nouvelle politique industrielle esquissée dans cette résolution. Concrètement, cela illustre leur refus d’envisager, comme cela était écrit dans l'amendement, la sortie des énergies fossiles, la fixation d’un prix adéquat du carbone ou un tax shift du travail vers les ressources.

Retrouvez les propositions d'Ecolo sur le sujet ici: http://www.ecolo.be/IMG/pdf/1.1_revision_directive_1998_renault.pdf

Crédit image: Photo (C) Reporters

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