Fukushima, 6 ans après

Fukushima, 6 ans après

Fukushima, 6 ans après

Cela fait 6 ans ce samedi que le drame de Fukushima se déroulait. Un tsunami et un tremblement de terre sur les côtes japonaises provoquèrent la fusion de trois des réacteurs de la centrale de Fukushima, des explosions d’hydrogène et l’émission de quantités massives de matières radioactives. 150.000 personnes durent être évacuées.

Ce n’est qu’à la fin de ce mois que les habitants de certaines villes aux alentours de la centrale pourront rentrer chez eux, ou du moins ce qu’il reste de chez eux. Mais, il ne faudrait pas croire que la situation est revenue à la normale : le niveau de radioactivité dans les forêts avoisinantes est comparable à ceux enregistrés dans la zone d’exclusion de Tchernobyl...L’attitude du gouvernement qui s’enferme dans un mutisme lorsqu’il s’agit de Fukushima ne contribue pas à ramener la sérénité et la confiance.

Tandis que cette tragédie a eu pour effet de relancer le débat sur le nucléaire et a amené certains pays comme nos voisins allemands à s’en désengager, la Belgique continue à mettre la tête dans le sable. La loi sur la sortie du nucléaire de 2003 qu’Ecolo avait fait adopter lorsqu’il était au gouvernement fédéral n’a jamais été suivie des textes nécessaires pour organiser les étapes concrètes de la transition énergétique dans notre pays. Bien que des études aient montré la possibilité d’un modèle « 100 % renouvelables » en Belgique d’ici 2050 ( comme celle-ci : http://www.icedd.be/…/re…/130419_Backcasting_FinalReport.pdf), la durée de vie des centrales a été allongée en dépit du bon sens. Les incidents techniques à répétition font l’objet de rafistolages qui ressemblent à de l’acharnement thérapeutique. Tout cela ne laisse d’inquiéter la population à laquelle il est prévu de distribuer des pilules d’iode et ainsi que les pays frontaliers comme l’Allemagne qui demande à la Belgique de cesser l’exploitation de Tihange 2 et Doel 3. Suite à la publication d’une étude autrichienne évaluant qu’un nuage nucléaire au-dessus de Tihange rendrait inhabitable une grande partie du Limbourg néerlandais et de la région d'Aix-la-Chapelle en Allemagne, près d’une centaine de communes allemandes, néerlandaises et luxembourgeoises ont manifesté leur intention d’engager une action en justice pour forcer Electrabel et le régulateur nucléaire à fermer le réacteur de Tihange 2.

L’incurie gouvernementale n’est pas étrangère à l’intensité du lobby du nucléaire en Belgique : Engie, dont les centrales sont amorties depuis bien longtemps, veut conserver sa rente de situation. Je souligne au passage que ni le coût de la gestion des déchets nucléaires (et les risques associés) ni celui du futur démantèlement des centrales ne sont évalués à leur juste mesure. Les citoyen-ne-s sont en droit d’attendre de leurs dirigeants de gérer au mieux leurs intérêts non seulement immédiats mais aussi à moyen et long terme ; il est patent qu’obsédé par son idéologie du « tout au marché », le gouvernement De Wever refuse délibérément d’assumer ses responsabilités vis-à-vis des citoyen-ne-s de ce pays.

Je voudrais conclure en soulignant que la transition énergétique n’est pas seulement un impératif climatique. Elle permet de répondre à des besoins sociaux en réduisant, notamment par une meilleure isolation des bâtiments, la précarité énergétique. De surcroît, elle nous donne un double dividende économique :

1) chaque année, entre 250 et 400 milliards d’euros quittent l’Europe pour acquérir des carburants que nous brûlons ; un passage aux renouvelables nous affranchirait de cette facture, améliorant ainsi d’autant notre balance des paiements.
2) En termes de création d’emplois, la transition énergétique est bien plus riche que le modèle énergétique fossile (dont le nucléaire fait partie, ne l’oublions pas). Ainsi, on estime qu’un emploi dans le nucléaire équivaut à 6 à 7 emplois non délocalisables dans le secteur des renouvelables.

Enfin, la transition est un atout stratégique : nos besoins de combustibles fossiles – y compris l’uranium de nos centrales – nous rendent dépendants de pays peu recommandables sur les plans de la bonne gouvernance et des Droits de l’Homme, voire ouvertement hostiles, au premier rang desquels la Russie de Poutine (qui nous fournit 30% de tous nos combustibles à elle seule). Nous affranchir de cette dépendance est essentiel à notre autonomie stratégique.

Cette transition énergétique est donc un véritable trèfle à quatre feuilles : dividendes climatique, social, économique et stratégique se combinent d’une manière telle qu’elle devrait constituer LE projet majeur de l’Union Européenne. On en est encore loin.

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