Grèce : le supplice chinois

Grèce : le supplice chinois

Grèce : le supplice chinois

Bruxelles, le 16 juin 2017

L'Eurogroupe, qui regroupe les ministres des Finances de la Zone Euro, a décidé hier de libérer une nouvelle tranche de prêts de 8.5 milliards d'euros, dont l'essentiel servira à... rembourser des prêts arrivant à échéance. En échange, le gouvernement grec s'est engagé à dégager chaque année un surplus budgétaire primaire (c'est-à-dire avant paiement des intérêts de la dette) de 3.5% du PIB jusqu'en 2022, puis d'au moins 2% de 2023 à 2060! Autrement dit, le pays est condamné à l'austérité budgétaire pour encore 43 ans! A supposer qu'un tel objectif soit économiquement et socialement tenable, ce qui me semble impossible, cela implique une fois encore de sanctifier les créanciers de la Grèce, qui s'obstinent à refuser le moindre allègement de la dette.

Évidemment, quand on considère, comme le président de l'Eurogroupe, le néérlandais Jeroen Dijsselbloem, que la Grèce a jeté pendant des années de l'argent par les fenêtres, pour le dépenser en "gnôle et filles", on comprend que l'état d'esprit est au revanchisme moralisateur.

La réalité est que la dette grecque est le résultat d'une triple irresponsabilité : celle, conjointe, des gouvernements grecs successifs (de gauche et de droite), qui ont emprunté sans compter pour alimenter un système clientéliste et des cadeaux fiscaux, et celle des banques – notamment françaises, allemandes, belges etc... – qui leur ont prêté sans jamais s'assurer de la solvabilité du pays. À celles-ci s'ajoute la troisième, gravissime : celle des ministres des Finances de la zone euro, qui sont dans un déni idéologique total, refusant de voir l'insoutenabilité de la dette grecque afin d'appliquer à ce pays le rouleau-compresseur de la doxa néolibérale. Ce faisant, ils portent une responsabilité écrasante dans le rejet croissant par de très nombreux-ses citoyen-ne-s européen-ne-s de l'idée d'intégration européenne.

Image à la Une: Soulcié

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