Le déclin de la classe moyenne

Le déclin de la classe moyenne

Le déclin de la classe moyenne

Le Financial Times se faisait hier l’écho d’un imposant (178 pages) rapport de l’OCDE documentant avec force détails le déclin de la classe moyenne au cours des trois dernières décennies et confirmant que ce sont les riches qui se sont accaparés les fruits de la croissance.
L’OCDE qui définit généreusement la classe moyenne comme la part de la population avec des revenus allant de 75 % à 200% (!) du niveau médian dans la population estime qu’entre le milieu des années 1980 et aujourd’hui, elle s’est réduite de 64 % à 61 %. Tandis que la classe moyenne représente encore un peu plus de 70 % en France ou aux Pays-Bas (et on peut imaginer par extrapolation, en Belgique, pays pas couvert par l’étude), elle s’est réduite à 51 % aux Etats-Unis où la société est plus polarisée. Mais, elle se réduit un peu partout au fil du temps. En cela, l’OCDE apporte de l’eau au moulin de l’Organisation International du Travail qui s’inquiétait en 2016 de la disparition de la classe moyenne en Europe.
L’OCDE impute ce recul des classes moyennes dans les pays riches au fait que la robotisation frappe davantage les bas et moyens revenus (1 travailleur sur 6) que les hauts revenus (1 sur 10) mais aussi aux coûts des logements et de l’éducation qui ont progressé plus rapidement que leurs revenus. Ainsi, en moyenne, depuis 1995, les prix de l’immobilier ont doublé, progressant beaucoup plus rapidement que les revenus médians (+35 %). Par ailleurs, le niveau de qualifications des jeunes n’a jamais été aussi élevé avec un nombre record de diplômés de l’enseignement supérieur mais leurs chances d’atteindre le niveau de vie de leurs parents diminuent. Ce phénomène d’ascenseur social en panne voire cassé qui atomise le mythe de la méritocratie vanté par les partisans du dogme néolibéral a d’ailleurs été analysé en profondeur par la même OCDE en 2018 à l’occasion d’un lourd rapport de pas moins de 355 pages. Preuve en est que l’OCDE ne ménage pas ses efforts pour imposer le thème des inégalités à l’agenda international, là où la timidité coupable de la Commission tranche avec l’engagement de Jean-Claude Juncker en début de mandat de faire de l’UE une « Europe triple A social » (en référence aux agences de notation qui cotent la qualité des titres financiers). Et ce n’est pas la création d’emplois d’une qualité douteuse dont se gargarise Charles Michel qui peut enrayer ces phénomènes de déclassement social et de plafond de verre  
En Belgique, 60 % des gens qui perçoivent les plus faibles revenus restent coincés dans cette catégorie après 4 ans, 80 % d’entre eux n’ayant pas la chance de faire d’incursion temporaire dans la catégorie un peu au-dessus de la leur. Il ne faudra dès lors guère s’étonner que cela prenne 4 générations pour les enfants issus de famille moins nanties pour s’approcher du revenu médian. Et encore, il s’agit d’une moyenne, ce qui signifie si certains y parviendront, ce ne sera pas le cas pour d’autres.
Faire lanterner la population durant tant d’années est inexcusable et menace la cohésion de nos sociétés et donc, leur vigueur démocratique. C’est pourquoi les Verts portent un agenda social fort condition indispensable à la réalisation de la transition écologique de nos économies et d’un renouveau démocratique.

(Lien vers le rapport : https://read.oecd-ilibrary.org/…/broken-elevator-how-to-pro…)

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