Migration: l'Europe confirme son approche répressive

Migration: l'Europe confirme son approche répressive

Migration: l’Europe confirme son approche répressive

Strasbourg, le 7 juillet 2016

Hier, la grande coalition du Parlement européen (conservateurs, chrétien-démocrates, socio-démocrates et libéraux) a approuvé la réforme de FRONTEX, l'agence européenne chargée de la gestion des frontières extérieures. Je m'y suis opposé avec mon groupe: cette proposition transformerait de fait FRONTEX en agence de défense des frontières et de refoulement des réfugiés. Les droits humains et la protection des réfugiés sont clairement relégués au second plan: malgré ses compétences accrues, FRONTEX ne sera pas tenue d'effectuer plus de sauvetages en mer – une honte au vu des chiffres record de personnes ayant péri en tentant de traverser la Méditerranée. Elle ne vise pas la protection des réfugiés et pénaliserait de surcroît les États membres qui laisseraient entrer "trop" de réfugiés ou qui n'expulseraient pas suffisamment de personnes. Les États pourraient également être contraints d'accepter des opérations frontalières FRONTEX sous peine de se voir expulsés de l'espace Schengen.

C'est d'autant plus problématique que, si les pouvoirs de cette agence se voient renforcés, il n'en va pas de même pour sa responsabilité :comme elle fonctionne avec des employés des États-Membres, ces derniers restent responsables des conséquences des opérations, même si elles sont menées contre leur gré. Autre disposition inacceptable: en vertu de ce nouveau régime, FRONTEX sera habilitée à effectuer des missions de coopération pour contrôler les frontières dans des pays tiers tels que la Libye par exemple. FRONTEX, et donc les États-Membres, deviendraient ainsi complices de régimes défaillants du point de vue du respect des droits humains, de ceux des migrants et de la protection des réfugiés.

Et la semaine dernière, le Conseil avait approuvé le nouveau cadre pour les partenariats de coopération proposé par la Commission. Il s'agit de conclure des accords avec toute une série de pays tiers (Jordanie, Liban, Nigeria, Libye, Égypte, Iran...) concernant les migrants considérés comme irréguliers. Le modèle reproduit celui, très contesté, de l'accord UE-Turquie: des accords informels sans aucun contrôle parlementaire et ne pouvant pas être attaqués en justice. Même si on retrouve, parmi les objectifs affichés de ce nouveau cadre, celui de sauver des vies dans la Méditerranée (on ne sait pas très bien comment), le vrai but de ce cadre de partenariats est d'augmenter le taux de retours vers le pays d'origine et de transit.

Une fois de plus, donc, l'Europe abdique et délègue ses responsabilités en matière d'asile et de migration à des pays tiers n'offrant pas de garanties de respect des droits fondamentaux. Les pays concernés sont notamment incités à collaborer par des aides au développement et des coopérations commerciales. Rappelons tout de même que le but de la coopération au développement, inscrit dans les traités européens, est la réduction de la pauvreté, et pas la gestion internationale de la migration ou l'étanchéité des frontières...

Par ces deux décisions, l'Europe continue à s'enfoncer dans une absurde et coûteuse guerre contre les migrants, au mépris des valeurs inscrites dans ses traités fondateurs.

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